Il Guastafeste
propos recueillis par Gianni Barbacetto
À l’occasion de la parution en Italie de son livre « Il guastafeste », Antonio Di Pietro, ancien magistrat, connu pour avoir été acteur de la fameuse opération Mani Pulite, rappelle dans cet entretien à bâtons rompus pour RADICI bien des vérités indispensables pour comprendre l’Italie d’aujourd’hui.
Antonio Di Pietro est le magistrat qui a conduit Mani Pulite (« Mains Propres »), l’opération qui, au cours des années 90, avait mis un terme au grand banquet des entrepreneurs sans scrupules, qui furent mis en examen pour corruption, levé le voile sur les affaires de la caste politique, mis en lumière les agissements des spéculateurs et des financiers aux dents longues, et jeté le ridicule sur les mille hypocrisies entourant les lieux du Pouvoir. Un magistrat devenu du jour au lendemain un héros super partes pour une Italie qui, en cette année 1992, semblait engagée dans la voie du changement, et mettait un terme, sous les applaudissements, à la Première République. En ces années, l’opération Mani Pulite unissait la droite et la gauche, les catholiques et les bouffeurs de curés, la Lega Nord qui dressait déjà des potences, et les intellectuels qui célébraient le renouveau et saluaient la victoire de la société civile sur l’omniprésence des partis.
Silvio Berlusconi lui-même décide de rencontrer Antonio Di Pietro pour lui offrir d’abord le ministère de l’Intérieur, puis un rôle hautement institutionnel. Di Pietro refuse à chaque fois. Lorsqu’il raccroche sa toge et entre en politique, c’est une nouvelle vie qui commence pour lui. Finis le consensus et le plébiscite en sa faveur. En l’an 2000, Di Pietro crée le parti « L’Italia dei Valori »... Aujourd’hui, c’est un homme qui divise.
Un homme qui divise même plus que quiconque, au Pays des divisions infinies. Il divise d’une façon inédite, non pas droite contre gauche, mais en brisant les fronts préétablis, au sein de la gauche et au sein de la droite, en recréant d’étranges alliances transversales.
Pour ses adversaires, Di Pietro est celui qui a humilié la politique, a abusé des menottes, a détruit les instruments de la démocratie. Un homme d’ordre fanatique de légalité. Pour beaucoup, en revanche, il est encore le héros de Mani Pulite, qui, après avoir détruit, contribue à reconstruire.
Un intrus, comme le définissent certains, étranger aussi bien dans la magistrature que dans la politique ? Ou alors « un archi-italien », un paysan rusé qui réussit à s’affirmer dans tous les contextes ? Certainement un trouble-fête, qui a gâché le joyeux banquet de la Première République, et continue aujourd’hui à aiguillonner la politique par son opposition rude et nette qui lui a permis de gagner un rôle central dans l’opposition, consolidant son parti et recueillant des soutiens croissants.
Si Di Pietro peut sembler en opposition permanente à Silvio Berlusconi, c’est dans la mesure où celui-ci entend empêcher le bon fonctionnement de la justice et prétend, en sus, que les juges le persécutent pour entraver son œuvre politique...
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