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Rocco Femia

 

Nous sommes tous gardiens de Saviano

Elena Granata Chercheuse au département Architecture et Planification du Politecnico de Milan

Je n’ai que 28 ans, je veux vivre ma vie, je veux une maison, je veux tomber amoureux, boire une bière au milieu des gens, aller à la librairie et choisir un livre en lisant la quatrième de couverture. » Ces mots, relayés par les médias, sont ceux de Roberto Saviano, jeune journaliste napolitain, auteur de Gomorra, sont entrés dans nos foyers comme un coup de tonnerre. Des paroles dramatiques, prononcées à chaud après que les révélations d’un collaborateur de justice [un repenti] eurent évoqué concrètement l’hypothèse d’un attentat contre lui de la part de la Camorra.
Aucun des carabiniers de Naples qui le protègent comme un fils n’a demandé à changer de poste après cette alarme. L’appareil de sécurité a réagi promptement, a augmenté les contrôles. Une mesure certes nécessaire, qui le protège, mais le contraint aussi à une solitude amère et douloureuse, et l’amène à envisager de quitter l’Italie pour toujours.
La sécurité de Roberto n’est pas une question d’ordre privé, personnel, ou une tâche que l’on peut déléguer aux seules forces de l’ordre. C’est une question collective, qui concerne de près la vie de chaque Italien, le futur du pays, la santé de sa démocratie.
Au fur et à mesure que les jours passaient, la force de ces mots a travaillé les consciences au-delà de toute attente, a cheminé dans les villes et les villages, a franchi les frontières nationales, sonné le rappel pour des individus qui se sont retrouvés dans les places, réelles et virtuelles (dans les médias, sur Internet, sur les blogs). Nombreux sont ceux, à commencer par des jeunes, qui se sont sentis interpellés, qui se sont demandé ce qu’ils pouvaient faire pour Saviano, afin que plus personne ne puisse être ainsi menacé à cause de ses paroles ou de son engagement civil. La mobilisation de plusieurs prix Nobel a rassemblé des signatures, de personnes illustres comme de simples citoyens, venues du monde entier. Les principaux représentants de l’État italien et des membres de toutes les formations politiques ont exprimé leur soutien. Sur les places publiques de nombreuses villes, on a lu des pages écrites par Saviano, dans une atmosphère de recueillement et d’émotion.
« Quelque chose qui n’appartenait qu’à moi appartient désormais à nous tous. Je remercie ceux qui en ces derniers jours ont ressenti ma douleur comme si elle était la leur » a commenté Saviano. Mais en réalité, c’est nous qui devons remercier ce courageux jeune homme. Sa vie dépend aussi de nous : chaque jour, nous pouvons choisir de nous cacher et de nous réfugier dans notre vie privée, ou de nous engager, de participer, en assumant avec dignité et responsabilité notre rôle de citoyens qui gardent à l’esprit le bien et l’avenir du pays. Y compris face à cette grave question de légalité.

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"Moins de biens, plus de liens".

Editalie Sarl © 2008 - Tous droits réservés