Adda passà ‘a nuttata
ROCCO FEMIA
Directeur de RADICI
Ce qui nous importe aujourd’hui n’est pas de savoir si notre Gouvernement est trop grand ou trop petit mais plutôt s’il fonctionne, s’il contribue à procurer aux familles des emplois décemment rémunérés, des soins à la portée de leurs bourses et une retraite correcte.
» Des propos que nous aurions aimé entendre de la part de nos hommes politiques.
Mais ils ont été prononcée par Barack Obama, le nouveau président des États-Unis, au début de son mandat. Nous vivons dans un pays incroyable, à mi-chemin entre le conte de fées et le cauchemar.
Au moment où Obama appelle les Américains au rassemblement pour affronter le défi colossal de l’économie et de la pauvreté, notre politique court après les sondages. Si nous prêtons l’oreille au discours de Berlusconi, pour lui « deux points de PIB en moins, ce n’est pas dramatique ! ». Eurostat lui a immédiatement fait savoir, chiffres à l’appui, que le taux de chômage en Italie atteindra 8,2 %, c’est-à-dire 600 000 emplois en moins.
« L’état de l’économie, poursuit Obama, rend indispensables des actes courageux et immédiats, et nous agirons : pas seulement pour créer de nouveaux emplois, mais pour poser les bases de la croissance ».
En Italie, nous ne ressentons pas cette urgence. Nous sommes trop occupés par nos sempiternelles histoires de sièges à conserver et de répartition du pouvoir.
En Allemagne, par exemple, les partis se sont entendus sur un plan anti-crise de 50 milliards d’euros, dont 9 milliards d’euros consistant en abattements fiscaux pour les entreprises et les personnes physiques et en mesures d’aide aux familles. Pour notre part, tout ce que nous avons reçu jusqu’à maintenant, si l’on excepte les annonces, est la « social card » de 40 euros pour les plus pauvres. Nos urgences du moment ? Les écoutes téléphoniques, l’excès de pouvoir dont disposent les juges et les magistrats, un fédéralisme fiscal aux contours encore flous et préoccupants pour le rapport Nord-Sud.
S’agira-t-il réellement d’un fédéralisme solidaire ? Combien nous coûtera-t-il ? Ou alors s’agit-il du dernier cheval de Troie imaginé par la Padanie, dont personne en Italie ne connaît pour l’heure le coût et les effets. Bref, chacun cherche à satisfaire son électorat du mieux possible.
Pourtant, tout le monde sait que face à une situation exceptionnelle, il convient d’adopter des mesures exceptionnelles. En mobilisant toutes les forces politiques et sociales.
En d’autres termes, un « pacte de solidarité » en bonne et due forme pour le bien du pays, pour franchir le gué avant qu’il ne soit trop tard. Aux antipodes de ces éc?urantes bordées d’insultes échangées entre le Premier ministre et l’opposition (ou ce qu’il en reste !).
Écoutez-ce que dit Obama : « Dans ce pays, nous naissons et nous mourrons en tant que nation, en tant que peuple. Nous ne cédons pas à la tentation de retomber dans la partialité, dans l’étroitesse d’esprit et dans l’immaturité qui ont trop longtemps empoisonné notre politique ».
À croire qu’il parlait de l’Italie. En attendant que s’avance chez nous un personnage de cette stature, il ne reste aux Italiens qu’à admettre, comme disait le grand Eduardo De Filippo, que cette fois encore “addà passà ’a nuttata”1.
Car c’est bien notre seul espoir : après ce tunnel, nous retrouverons obligatoirement la lumière. À moins que l’Italie décide de voyager de nuit ... ce qui laisserait craindre le pire.
1 « Deve passare la nottata » en napolitain : « Il faut que cette nuit passe »;
réplique finale de la comédie Napoli Milionaria.