Comprendre pour mieux rêver
ROCCO FEMIA
Directeur de RADICI
Quelques lecteurs nous ont fait part, sans aucune animosité et en toute liberté, de leur étonnement en constatant depuis un certain temps un intérêt croissant de notre revue envers la politique. « L’Italie nous fait rêver, nous écrit A. C., un lecteur de Paris, et vous devez nous faire rêver grâce au Belpaese, avec ses paysages, sa culture. La politique ne nous intéresse pas ».
Que la politique ne suscite plus d’intérêt, c’est hélas vrai, et ce n’est pas, permettez-moi, une bonne nouvelle. Pour ce qui est du « rêve d’Italie », nous voudrions tranquilliser ce lecteur, mais aussi les autres qui auraient pu avoir ce même sentiment. Rassurez-vous, au sein de la rédaction, nul n’a jamais douté de la capacité de l’Italie à susciter, malgré la politique, de magnifiques rêves, grâce à ses paysages et ses œuvres d’art, que le monde entier nous envie.
Mais est-ce qu’une revue comme la nôtre peut et doit s’intéresser uniquement aux merveilles du pays, ou bien doit-elle aussi essayer de vous donner des clés de lecture qui permettent de situer les choses dans leur contexte et de mieux comprendre ce que vivent les Italiens aujourd’hui ?
Nous ne sommes les porte-parole de qui que ce soit et nous tentons seulement de vous informer le mieux possible, scandalisés et indignés, comme nombre d’entre vous, de voir que celui qui donne le mauvais exemple est aussi celui qui donne les bons conseils. Ceux qui devraient disparaître de la scéne politique, à droite comme à gauche d’ailleurs, sont toujours à la télévision, dans les journaux, pour nous dire ce que nous devons faire. Une nouvelle question morale a empoisonné la politique italienne, pire qu’à l’époque de Tangentopoli. Face à une telle dégénération, nous ne pouvons pas rester silencieux.
Une personnalisation sans freins et sans principes, des campagnes électorales de plusieurs millions d’euros pour accéder à un conseil municipal, des réseaux clientélistes généralisés et transversaux, des conflits d’intérêts, une confusion entre public et privé... Les partis sont devenus des boîtes vides, des supports pour les lobbies et les intérêts personnels, des moyens de transport que l’on emprunte et que l’on quitte avec désinvolture, uniquement pour faire carriére dans les institutions. Et personne n’éprouve de honte, indifférent aux valeurs et aux principes de la démocratie et de l’éthique publique.
Si nous parlons de politique, c’est parce que nous sentons que nous devons apporter notre modeste soutien aux thémes de la moralité de la vie publique, en faveur d’une politique honnête, sobre, respectueuse des institutions, fondée sur la transparence et sur la véritable participation des citoyens. à l’approche des élections européennes qui auront lieu en juin prochain, tous les candidats montreront le bout de leur nez pour vous dire combien les Italiens à l’étranger sont importants, uniquement dans le but de s’attirer leur suffrage… Vous comprenez pourquoi il est opportun de s’intéresser à la politique et d’en parler… ne serait-ce que pour éviter que vos rêves liés à l’Italie – et les nôtres – ne deviennent des cauchemars.