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Il parlait peu l’italien... mais il resta italien

Il parlait peu l’italien... mais il resta italien

par Martine Storti

« L’italianité, non affichée, non revendiquée, mais présente comme un déjà- là avec lequel on existe, un horizon supplémentaire qui est une jouissance, une richesse ». Dans son livre L’arrivée de mon pére en France, Martine Storti tente de reconstituer le parcours qui l’a fait naître ici plutôt qu’ailleurs. Une histoire singuliére, une histoire commune, celle d’un émigré qui ne reniait rien, mais qui, par la force des choses, regardait vers l’avant.

à Calais, dans le nord de la France, quand on leur demande pourquoi ils veulent aller en Angleterre, ils répondent, « on connaît quelqu’un là-bas », donnant même des précisions, « je vais retrouver mon oncle », l’autre c’est un frére, l’autre un pére, l’autre un cousin. Oui ces types, parfois il y a aussi des femmes, jeunes et moins jeunes, venus des pays qu’on dit « du Sud » même s’ils sont à l’Est, font cette réponse à ceux qui leur demandent pourquoi ils tiennent tant à aller en Angleterre, pourquoi ils sont prêts à prendre tant de risques, y compris celui de la mort.
C’est en les entendant répondre ainsi, un jour que moi aussi j’étais à Calais à parler avec eux, que je me suis demandé si mon pére, lorsqu’il est entré en France, au début des années 30, a dû répéter : « j’ai de la famille là-bas ? » Est-ce qu’un jour, il a dû répondre à quelqu’un – des douaniers ? des gendarmes ? des policiers ? – « j’ai de la famille là-bas », précisant même « j’ai une sœur, un beau-frére, une niéce » ? Est-ce qu’il a dû se justifier de vouloir quitter l’Italie et entrer en France, au début des années 30 ?
Je ne saurais le dire parce que, de l’arrivée de mon pére en France, de la maniére exacte dont elle s’est passée, j’ignore à peu prés tout. Quand il pouvait encore le faire, je ne lui ai jamais demandé de me la raconter, cette arrivée. C’est ainsi, quand il aurait pu répondre, je ne l’ai jamais questionné, pas le temps, la tête ailleurs, trop prise dans ma propre vie, pas assez curieuse de la sienne, en tout cas pas de cette arrivée en France, au début des années trente.
Et lui, de son côté, ne racontait jamais. Il ne parlait pas du passé, en tout cas pas de sa vie avant son arrivée en France. Pas plus qu’il ne parlait de l’Italie. C’est ainsi. Encore aujourd’hui je ne saurais dire pourquoi. Est-ce seulement parce qu’il appartenait à cette sorte d’immigré qui considére qu’un étranger doit s’intégrer, s’assimiler, se fondre dans son pays d’adoption, ne pas se distinguer ? Aucune affirmation communautaire en effet de sa part, aucune revendication d’italianité, aucune culture d’une différence. Et même pas de contacts privilégiés avec d’autres Italiens, hormis ceux qui travaillaient dans la même usine que lui. Ainsi je n’ai jamais entendu parler dans mon enfance des communautés italiennes présentes dans la région parisienne, par exemple celle, pourtant importante et géographiquement proche, d’Argenteuil, commune voisine de Colombes où nous habitions.
Ou bien les sale rital, et autre sale macaroni, entendus pendant ses premiéres années françaises, l’avaient-ils amené à gommer le plus possible ses origines ? J’avance cette hypothése sans aucune certitude car je ne me souviens pas l’avoir jamais entendu émettre la moindre plainte relative à une attitude raciste de Français à son égard. Suite sur RADICI

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"Modi-di-dire".

Editalie Sarl © 2008 - Tous droits réservés

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