» Un
week-end à Padoue
Par
Rocco Femia
Entrer
dans la Chapelle des Scrovegni, s'immerger dans la peinture de Giotto,
c'est faire l'expérience d'un bouleversement esthétique. Analyse d'un
chef-d'œuvre de l'art.
Depuis
qu'en mars 2002 a été rouverte au public la Chapelle des
Scrovegni, Padoue semble être
soudain devenue le centre de l'Italie, à la grande surprise des
Padouans eux-mêmes, plus habitués au pèlerin qu'au
touriste. Les millions de personnes qui, chaque année, viennent
voir les reliques de Saint Antoine ne posent pas beaucoup de questions
sur les palais médiévaux ou sur les murailles crénelées
: elles vont directement voir " le Saint " et ne s'attardent
en ville qu'un jour et une nuit au maximum. Les Padouans ont quelque difficulté
à comprendre pourquoi, quand on vient voir les fresques de Giotto,
on reste carrément tout un weekend dans leur ville. Ils sont intimement
persuadés qu'on peut la visiter en quelques heures.
Quand on leur rappelle qu'en plus de la Chapelle des Scrovegni, il y aurait
à visiter au moins le Palazzo della Ragione (XIVe siècle)
et la suggestive Piazza del Capitanato avec son horloge mécanique,
la première d'Italie, et que, sans aller voir l'Université
où a enseigné Galilée ni le Jardin botanique (dont
on se demande pourquoi il est fermé justement le dimanche), il
faut quand même toute une journée pour naviguer le long du
fleuve Brenta, ils prennent des airs étonnés et finissent
par reconnaître " qu'effectivement
"
Le
renouveau touristique de la ville est dû justement à la grande
restauration des fresques de Giotto. Quand, entre 1303 et 1305, Enrico
degli Scrovegni le fit appeler pour orner de fresques sa chapelle privée,
Giotto était déjà célèbre dans toute
l'Italie, Marco Polo faisait voile depuis peu pour la Chine et Dante Alighieri
avait déjà publié la Divina Commedia. Son travail
achevé, Giotto avait pratiquement révolutionné les
règles picturales de son époque, dépassé les
canons byzantins qui dominaient la peinture depuis plus de mille ans et
proposé un art qui exaltait l'homme et la nature. Il avait inventé
le portrait, le profil humain en particulier, et utilisé pour la
première fois la perspective. En entrant dans la chapelle, oubliez
un instant que vous vous trouvez au cur de l'un des chefs d'uvre
de l'art européen et imaginez, comme moi, que vous êtes simplement
dans la chapelle privée d'un riche banquier padouan qui franchissait
tous les matins la petite porte par où passe aujourd'hui le visiteur.
Les premières peintures qui vous regardent d'en haut sont celles-là
même qui ont obligé le commanditaire de Giotto à lever
vers le haut un regard plein d'admiration.
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