» Mario
Rigoni Stern
Par
Cristina Noacco
Les pages de Mario Rigoni
Stern, Vénitien d'ascendance autrichienne, sont
imprégnées d'une immense compassion.
Mario Rigoni Stern, vénitien
d'ascendance autrichienne, est né en 1921. Il commence
sa vie professionnelle comme employé au cadastre
et, en 1938, il s'engage dans le conflit de la Seconde
Guerre mondiale. Il combat en France, en Grèce,
en Albanie et en Russie. Il est fait prisonnier par les
Allemands en 1943, mais il parvient à s'évader
et à rejoindre à pied son pays natal. C'est
cette expérience qu'il raconte dans son premier
roman, Il sergente nella neve (1953), l'un des livres
les plus remarquables du deuxième après-guerre
italien. Il publie ensuite Il bosco degli urogalli (1962)
et d'autres romans consacrés à la guerre,
comme Ritorno sul Don (1973), Storia di Tönle (1978,
Premio Campiello) et L'anno della vittoria (1985). Il
quitte son emploi au cadastre en 1969 mais continue à
vivre sur le plateau d'Asiago, en témoignant, dans
ses ouvrages successifs, d'un grand amour pour sa terre
(Uomini, boschi e api, 1980 ; Il libro degli animali,
1990 ; Arboreto selvatico, 1991 et Le stagioni di Giacomo,
1995). Les pages de Mario Rigoni Stern sont imprégnées
d'une immense compassion. Pour les animaux, mulets et
chevaux embrigadés dans des batailles d'hommes
qui ne les concernaient pas, ou encore coqs de bruyère
et faisans qu'il a pris le temps d'observer dans les bois
de ses montagnes. Compassion, surtout, pour les hommes,
ce qui en fait un défenseur des valeurs universelles
de liberté et de fraternité.
Les saisons de Giacomo
Dans Les saisons de Giacomo, l'auteur peint le portrait
d'un garçon qui a été son camarade
de jeu dans un village du plateau d'Asiago, en Vénétie,
décimé et dévasté par la Grande
Guerre. Les adultes comme les plus jeunes y travaillent
en tant que récupérateurs d'éclats
d'obus qu'ils revendent aux commerçants de métaux,
quand ils ne partent pas s'engager dans les mines de Lorraine.
En même temps qu'il témoigne d'une tradition
rurale forte de ses valeurs et de ses traditions, Giacomo
assiste à la montée du nouveau régime
fasciste, nourri d'idéologie guerrière et
impérialiste. Mobilisé pendant la deuxième
guerre mondiale, il sera envoyé sur le front russe,
sans espoir de retour. Évitant le risque de l'emphase,
l'auteur présente, dans cet extrait, la décadence
des traditions rurales et alpines archaïques de la
Vénétie face au nouveau désastre
politique imminent : lors de la foire de Saint Matthieu,
patron du village, les enfants, futurs soldats, assistent
à l'achat des porcelets et les dirigent vers les
enclos, tandis que les adultes constatent les conséquences
économiques de la guerre menée par le Duce
en Abyssinie. Par dessus les paroles des hommes et les
bruits des animaux, retentit le son des cloches du village,
symbole d'une vie simple et unissant l'homme à
son environnement, avant que ce dernier ne soit réduit
en lieu de mémoire ou en centre de villégiature.
Tous les livres de Mario Rigoni Stern ont été
traduits en français. Les plus connus sont :
- Histoire de Tönle, trad. par Claude Ambroise et
Sabina Zanaon Dal Bo, Verdier, 1988.
- Le sergent dans la neige, trad. par Noël Calef,
10/18, n° 2634, 1995.
- Retour sur le Don, trad. par Marie-Hélène
Angelini, Desjonquères, 1999.
- L'année de la victoire, trad. par Claude Ambroise
et Sabina Zanon Dal Bo, 10/18,
n° 3187, 2000.
- Sentiers sous la neige, trad. par Monique Baccelli,
La Fosse aux ours, 2000.
- Les saisons de Giacomo, trad. par Claude Ambroise et
Sabina Zanon Dal Bo, Laffont,
1999 ; 10/18, n° 3268, 2001.
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