Revue d'actualité, culture et civilisation italiennes

 
SOMMAIRE
 Edito
 La parole à...
 Caléïdoscope
 Itinéraires
 Saveurs
 Mythes
 Portrait
 Dossier
 Littérature
 Histoires d'émigration
 Spiritualite
 L'Italien  'Espresso'

 
Dossier

Imprimer

Envoyer

Italie: Naples

» Attachez-vous au mât et ouvrez grand vos oreilles
Par François-Régis Lorenzo
On sait ce qu’il en coûte de « voir Naples… » Mieux vaut donc l’entendre ! Et si l’on en croit un autre proverbe napolitain qui dit « Miètte speranza a rrecchie : campe assaje ! » (Fie-toi à ce que tu entends et tu vivras très longtemps), on a tout à y gagner… Nous vous invitons donc à tendre l’oreille et à découvrir un univers sonore d’une richesse, d’une exubérance et d’une prodigalité qui n’a rien à envier aux beautés qu’offre la ville parthénopéenne à l’œil de celui qui la traverse.

Naples naît du chant et de la mer. C’est la seule ville au monde dont la fondation se rattache à un mythe musical, celui de la sirène Partenope. Ulysse, avisé par la déesse Circé du péril qu’il court à vouloir écouter le chant des sirènes, demande à être lié au mât du navire et exige de ses compagnons qu’ils se bouchent les oreilles de cire. C’est ainsi que l’équipage échappe au naufrage en déjouant le charme des trois enchanteresses et que le héros d’Ithaque manque de devenir fou à l’écoute de tant de beauté. Beltà e follia van spesso in compagnia… dit-on toujours à Naples. Partenope, Ligea et Leucosia se laissent alors mourir dans les vagues de la mer Tyrrhénienne. La première vient échouer sur l’îlot de Mégaride et de son corps naîtra le Castel dell’Ovo puis la ville nouvelle de Neapolis, dénommée plus tard Partenopea.
L’eau et le feu, la mer et le volcan… cette proximité d’éléments contraires ne pouvait que faire de Naples une ville bouillonnante, un bouillon de cultures, une perle de nacre agglomérée autour d'un corps étranger ! N’en déplaise aux grammairiens, le « s » de Naples lui va si bien ! Ville plurielle, ambivalente, à la fois « espagnole et orientale » comme l’écrit l’historien Giulio Cesare Capaccio en 1634, croisée de chemins et de civilisations, creuset de langages, fabrique de formes, métisse et pourtant si italienne : une jauge plongée au cœur de la ?6 méditerranée qui en mesure tous les dégradés de cultures.
La Naples baroque nous renvoie encore une fois au chant et à la mer : barocco, rococo, autant de termes qui évoquent le flux de l’eau, ses vagues, ses reflets, ses jeux de miroirs et ce mélange de pierres et de coquillages que les Français appelleront « rocaille ». Et c’est en musique que la Naples baroque s’exprime le mieux, art du mouvement par excellence, de ce qui affleure et qui disparaît aussitôt, qui bouge, qui grouille comme la ville elle-même et qui passe et disparaît.
La fringale musicale qui s’empare de la ville dans la seconde moitié du Seicento s’exprime dans les modes les plus contrastés. Naples semble avoir alors trouvé sa langue naturelle et peut, jusqu’à l’excès, épancher son amour du chant, son penchant pour le drame et son génie de l’illusion. Elle déborde vers la mer : Scarlatti compose 20 oratorios, 115 opéras, 200 messes, 600 cantates, et Farinelli triomphe jusque dans la lointaine Angleterre. Elle dérobe à Venise et à Rome le titre de capitale de l'opéra. On y construit des théâtres comme autrefois Rome et Florence avaient construit des églises. On y adore les prime donne et les « enfants de la sirène » (les castrats) autant que les saints, en un mélange sacré et profane, érudit et populaire qui n’est possible que dans cette ville. Son philosophe, Benedetto Croce, disait d’elle que c’était un paradis habité par des démons. Le golfe devient un immense gradin ?6 et la mer une scène et un miroir où se jouent les apparences, Gli equivoci nel sembiante (le premier opéra d’Alessandro Scarlatti).
Nous volerons à Paris sa devise qui convient si bien à Naples, ville qui a traversé des siècles de dominations étrangères sans jamais sombrer dans le mutisme, bien au contraire : fluctuat nec mergitur. Attachez-vous au mât et ouvrez grand vos oreilles !

Retrouvez la suite de l'article dans Radici

Article suivant » "Naples n'est pas une ville musée, mais un lieu où l'histoire continue"
Editalie Sarl © 2004 - Tous droits réservés

.:Annonces:.


Café Italien


Centro Italiano