» "Naples
n’est pas une ville musée, mais un lieu où
l’histoire continue"
Par
Didier Lecheneau
Entretien avec
l’artisan de la résurrection du baroque napolitain, Antonio
Florio. Chef d’orchestre, directeur musical de l’ensemble
qu’il a fondé, La Capella della Pietà de’ Turchini,
créateur du Centre de Musique Ancienne de Naples, Antonio Florio
nous parle de ses passions et de la force de la musique napolitaine.
Comment est née la Capella de’ Turchini ?
En 1987, autour d'une série de cantates en langue napolitaine découvertes
à la bibliothèque du conservatoire de Naples, avec un petit
ensemble qui comprenait un chanteur, moi au violoncelle et un claveciniste.
On a ensuite travaillé sur les racines de la musique baroque napolitaine,
au XVIIe - XVIIIe siècles. L'ensemble s'est depuis agrandi jusqu'à
devenir un véritable orchestre, avec l'ajout d'instruments à
vent, des cordes, et la participation de solistes vocaux extérieurs.
Parlez-nous
de la vocalità napolitaine. Comment la définir ?
Il s’agit d’un chant plus fort, plus expressif voire exubérant
que la tradition habituelle du canto florentin ou vénitien. La
vocalità de Naples est picturale c’est-à-dire colorée
et contrastée, articulée, idiomatique, déclamatoire.
Son émission est “sauvage”. Selon les témoignages
des visiteurs dans la ville, le chant napolitain sacré est proche
de la danse et de la rue, du théâtre et de la comédie.
Individualité, caractérisation presque agressive, en tout
cas véhémente, voilà ce qu’apporte la musicalité
napolitaine. Le chant est un geste.
Quel
programme allez-vous jouer à Toulouse ?
Un mélange d’airs de castrat avec des pièces de l'opéra
comique. Cela peut sembler original, mais c'est un peu ce qui se passait
à Naples au XVIIIe siècle où coexistaient l'opéra
seria, avec les castrats, l'opéra comique avec des intermèdes
et les opéras buffa, soit les trois types de pièces que
l'on présentera. C'est un peu une histoire chronologique du développement
de l'écriture pour les castrats, avec trois extraits d'opéras
célèbres à l'époque : La Partenope de Vinci,
le Montezuma de Di Mayo, la Didone Abbandonata de Piccinni. Vinci, que
je considère comme le compositeur le plus intéressant, le
plus proche de Haendel, a donné la possibilité de développer
la mélodie napolitaine jusqu'à la période du classicisme
; Di Mayo, très proche de Mozart dans sa façon d'écrire
; et Piccinni, que la France a bien connu pendant la querelle entre les
Gluckistes et les Piccinnistes (ultime avatar de la querelle des bouffons
NDLR). Ce programme permet de se faire une idée de ce qui se jouait
dans les théâtres napolitains de l’époque, et
dans le monde entier puisque la Naples du XVIIIe siècle exportait
castrats, chanteurs, compositeurs et instrumentistes dans toutes les cours
d'Europe.
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