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Italie

» Quand les sociétés d'agriculture vantent la main d'oeuvre italienne !
Par Laure Teulières
Cas exemplaire d’une région où les propriétaires et les notables du monde rural ont voulu l’immigration et ont préféré les Italiens.

Les Italiens dans le Sud-Ouest de la France, c’est d’abord l’histoire d’une migration étroitement liée aux campagnes et tournée vers la terre. C’est aussi, il ne faut jamais l’oublier, l’exemple d’une immigration sollicitée par les milieux agricoles de la région. Au sortir de la Grande guerre, le fait est que les exploitants et surtout les propriétaires rentiers sont en manque de bras pour faire tourner leurs domaines.
Les expériences tentées jusqu’alors sont restées sans lendemain : les salariés portugais, suisses ou slaves n’ont pas convaincu ; les quelques familles de bretons ou de vendéens sont restées trop rares ; quant aux Espagnols, bien que nombreux, ils préfèrent généralement s’employer dans l’industrie. Parmi les gens informés, qui ont la volonté de réagir à la crise du monde rural, on en vient à penser que seul un mouvement de fond fera revivre les campagnes. Et tout va être fait pour le déclencher.
Le 23 avril 1923, les salons de la Société d’Agriculture de Toulouse accueillent une grande réunion publique. Les deux principales organisations agricoles de la Haute-Garonne ont voulu cet événement afin d’expliquer que la main-d’œuvre étrangère est devenue indispensable. Le sujet est important. Sous la présidence du responsable de la Confédération nationale des associations agricoles (CNAA), les principaux représentants du secteur sont présents : les dirigeants des organismes professionnels, un sénateur, un député, ainsi que d’autres personnalités de la société méridionale. L’initiative en revient donc à ce milieu de notables qui domine le monde rural méridional, des propriétaires terriens d’envergure, impliqués dans l’économie locale. Tous ont le même constat en point de mire : l'agriculture du Sud-Ouest a perdu quasiment la moitié de ses actifs depuis le milieu du XIXe siècle, l’univers agraire semble péricliter et de plus en plus de terrains sont incultes.
Au cours de cette réunion, les orateurs plaident pour que l’immigration soit amplifiée et méthodiquement organisée, et tout particulièrement celle d’origine italienne. On y présente le résultat de l’enquête réalisée autour de Castelsarrasin qui démontre que les agriculteurs transalpins s’adaptent très bien. Le consul honoraire d’Italie à Toulouse promet de favoriser le mouvement, avec l’ouverture d’un guichet spécialisé et la publication d’un petit guide pratique à ce sujet. Les participants formulent plusieurs vœux pour encourager la venue d’Italiens. Ils suggèrent d’accorder à tous les émigrants agricoles le demi-tarif sur le trajet en train (la seule réduction existante s’appliquait aux trajets inférieurs à 350 km, ce qui excluait le Midi toulousain, trop loin de Vintimille). Ils invitent aussi les autorités à simplifier les formalités administratives, afin de raccourcir les délais d’immigration. La délivrance des passeports prenait en effet beaucoup de temps : les demandes d’introduction devaient remonter de chaque préfecture au ministère de l’Agriculture à Paris, de là à l’ambassade d’Italie, puis au ministère compétent à Rome, et finalement dans la province de domicile du candidat à l’émigration où pouvait être établi la demande de passeport.

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