» Les
coraux de Torre del
Greco
Par
Rocco Femia
Ici, depuis presque deux siècles,
d’habiles artisans cisèlent les coraux et
jouent de la transparence des coquillages. Visite d’atelier
dans la petite métropole des « joyaux de
la mer ».
On
dirait un lieu fabuleux, tiré du récit de 20 000 lieues
sous les mers, dans le royaume de Neptune. Pourtant, la ville célèbre
dans le monde entier pour son art de la gravure des coquillages et du
travail des coraux existe depuis toujours en Italie : c’est Torre
del Greco, sur les pentes du Vésuve.
Dans les ruelles de la vieille ville, dans les venelles proches de Via
Roma, il n’y a que boutiques et petits ateliers artisanaux. Dans
cette petite ville d’à peine 100 000 habitants, il y a bien
7 000 personnes qui travaillent le corail. Plusieurs de ces artisans ont
appris le métier de leur père ou de leur grand-père.
« C’est comme un feu sacré », disent-ils, peut-être
hérité des anciens grecs et des romains, ou des étrusques,
qui les pousse à sculpter ce qu’ils appellent « la
fleur de sang » pour créer des petits chefs d’œuvre
qui s’inspirent justement des figures mythologiques de l’antiquité.
Le corail est apparu à Torre del Greco au XVIe siècle ;
on le pêchait au large des côtes marocaines. À cette
époque, la ville du corail était encore Trapani qui en maîtrisait
non seulement la pêche mais aussi la capacité de le travailler.
En 1699, Torre del Greco s’est assuré le leadership de la
pêche du précieux « or rouge » avec une flottille
de 400 barques coralliaires. On continuait cependant à travailler
le corail dans les ateliers de Trapani, Gènes et Livourne. C’est
en 1805 seulement qu’un artisan marseillais, un certain Paul Barthélémy
Martin, ouvrit à Torre del Greco la première boutique spécialisée
dans la fabrication de camées sur corail et sur nacre ; il forma
des assistants et des artistes qui créèrent de nouveaux
magasins à gestion familiale, toujours actifs aujourd’hui
(on en compte environ 200). Les Torresi (c’est ainsi qu’on
appelle les habitants de la ville) se sont ensuite spécialisés
dans l’art de la gravure. Leur habileté, jointe à
la grande école napolitaine d’orfèvrerie (Naples était
déjà célèbre dès la fin du XVIe siècle
pour ses maîtres joailliers), leur apporta un succès sans
égal, à une époque, le XVIIIe siècle, où
Naples était une ville cosmopolite. Les commandes de bijoux d’or
montés avec corail se multiplièrent aussitôt, venant
de Rome, de Paris ou de Londres.
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