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Italie: Erri de Luca

» Ecrire dans l'ombre de l'antique
Entretien avec Erri de Luca
Une voix désormais irremplaçable dans le panorama de la littérature méditerranéenne d’aujourd’hui.

Erri De Luca, écrivain, est également traducteur en italien de certains livres de l’Ancien Testament. Son itinéraire est assez complexe : sa connaissance des textes sacrés ne repose pas sur une éducation religieuse mais sur un vécu personnel, sur sa fréquentation des places, sur sa participation aux combats ouvriers, sur son métier de maçon, mêlant ainsi aux travaux purement manuels la patience dans l’étude d’une langue ancienne et la pratique de l’écriture.
Écoutons donc cette voix désormais irremplaçable dans le panorama de la littérature méditerranéenne d’aujourd’hui : elle sait conjuguer d’un côté l’étude des textes anciens et sacrés et, de l’autre, la création d’une écriture contemporaine, laïque et dépouillée, qui émerge forte et silencieuse dans un monde submergé par le bavardage.

Vous avez déclaré : « J’écris pour être lu et entendu par les disparus (…) je leur dois mes récits et mon envie d’écrire ». De qui parlez-vous ?
Je n’écris pas pour la postérité. Ce sont des lecteurs que je ne connais pas et envers lesquels je n’ai aucune curiosité. Quant aux contemporains, c’est le problème de mon éditeur, avec lequel je collabore d’ailleurs assez peu. Mais lorsque je travaille à l’écriture de mes histoires, je les susurre à voix basse ; et j’ai le sentiment de les raconter à un petit groupe de disparus, réunis, à ce moment précis, autour de ma table. Les morts m’écoutent volontiers, ils interviennent parfois même par des objections pour me corriger et, lorsqu’ils ont l’impression que je m’échauffe un peu trop ou que mes phrases deviennent maladroites, emphatiques, alors j’ai droit à un magnifique pied-de-nez de la part de mon père, ce qui me ramène à un peu plus de sobriété. Mes morts sont du Sud, ils ont le sens du ridicule. Ils me l’ont enseigné. C’est un sentiment plus fort encore que la pudeur.

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