» Ému par une chair de pierre
Par
Ferrante Ferranti
Grand
photographe de la statuaire, Ferrante Ferranti détaille ici d'un œil de
connaisseur quelques-unes des sculptures de Canova. Ses photos font vivre
les marbres.
Le marbre d'Antonio Canova Pauline Borghese (Villa Borghese à Rome) a emprunté à la Beata Ludovica Albertoni du Bernini ses coussins de marbre, mais non son abandon. Elle trône, hautaine et froide sur son sofa, et ses voiles à l'antique sont à l'opposé des draperies tumultueuses de la sainte en extase. Un détail pris en contre-jour peut cependant modifier notre perception de l'héroïne : ses pieds qui laissent presque entendre leur frottement sur le drap poli, et libèrent, comme par une nuit de lune où tout serait permis, leur sensualité.
Possagno reste le lieu incomparable pour appréhender l'esprit, la sensibilité,
la force visionnaire de l'artiste. Toutes les étapes de la vie du sculpteur
y sont en effet représentées, de la grande bâtisse à deux étages où il
naquit en 1757, jusqu'à l'église paroissiale construite sur ses plans,
financée par lui et devenue son Panthéon, en passant par la Gypsothèque
où furent réunis dès 1830 les plâtres de l'atelier romain. Dans la maison,
parmi les peintures sur fond noir d'inspiration pompéïenne et les bozzetti
en terre cuite ou en cire, on trouve le bas-relief des Fils d'Alkinoos.
Les jeunes hommes dansent sous un voile avec une légèreté que seul le
stuc permet. Dans la Gypsothèque, j'ai photographié du plâtre et non du
marbre. La plupart des groupes sont cloutés - les clous servaient d'appuis
à la pointe des compas et aidaient les élèves à dégrossir les blocs de
marbre - et l'ambiance y est laiteuse. Amour et Psyché trônent parmi bustes
et stèles, aux côtés de Marie-Madeleine, des trois Grâces, non loin du
Thésée et autres anges des tombeaux de Saint Pierre.
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