» Silvio
Trentin: un intellectuel en résistance
Par Laure Teulières
Au fascisme qui l'avait contraint à l'exil, il opposa
sa vie durant une inébranlable résistance, en esprit comme
en actes. Soixante ans après sa disparition, retour sur
un parcours tout de conscience morale et de lucidité politique.
Pour rendre hommage à cet homme, il faudrait dédoubler
l'espace, enjamber les Alpes, afin de joindre le Veneto
de la basse Piave au coeur du Midi toulousain. Il faudrait,
en somme, suivre l'itinéraire d'exil qui a marqué sa vie,
autant d'étapes disjointes qui jalonnent pourtant un unique
et extraordinaire engagement. Quitter l'Italie pour échapper
à la dictature, devenir réfugié plutôt que se soumettre
: choix crucial qui détermine toute une existence. Éminent
juriste, son hostilité affichée au fascisme lui valait
de plus en plus de menaces et d'intimidations. Lui, l'ancien
député élu lors des premières élections de l'après-guerre,
en novembre 1919, était désormais considéré comme un ennemi
de la patrie.
Il faut dire que Silvio Trentin avait déjà fait preuve
de résolution. Issu d'une famille bourgeoise de propriétaires
fonciers de San Donà di Piave (où il est né le 11 novembre
1885), c'est sur la liste Democrazia sociale veneziana
qu'il devint représentant du peuple, s'attachant à promouvoir
la bonification des terres dans une région marquée par
la misère et l'inégalité. Durant la Grande guerre, il
s'engagea volontaire pour la Croix-Rouge, avant d'être
affecté au service information, survolant en dirigeable
le front qui ravageait sa terre natale. Alors, quand fin
décembre 1925 un décret mussolinien impose aux fonctionnaires
l'allégeance au régime, il démissionne de sa chaire de
professeur de droit public à l'Université de Venise, estimant
ne plus pouvoir enseigner dignement, c'est-à-dire avec
une pleine liberté de parole. L'expatriation s'impose.
À l'orée de la quarantaine, tous ses biens vendus en Italie,
il acquiert une propriété agricole dans le Gers et s'y
installe en février 1926 avec femme et enfants.
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