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Italie: Franca Trentin

» Franca Trentin se souvient...
Par Laure Teulières

Témoignage exceptionnel de la fille de Silvio Trentin, aujourd'hui retraitée de l'Université française et présidente honoraire de l'Institut d'histoire de la Résistance en Vénétie.

Quels souvenirs vous ont laissé ces années d'exil?
Vingt ans de vie ne se résument pas facilement. Bien que mon père était un exilé et qu'il a pu subir le chauvinisme de certains Français, l'accueil a été très chaleureux dès le jour de notre arrivée. Son prestige et sa séduction ont su attirer autour de lui l'intelligentsia toulousaine, qui fréquentait la librairie : les juristes de la Faculté de droit André Hauriou, Gabriel Marty etc, le chirurgien Joseph Ducuing et ses collaborateurs, le professeur Camille Soula et naturellement les artistes, les écrivains, sans parler du directeur de La Dépêche, Maurice Sarrault, et ses collègues. En tant qu'enfants, nous n'avons donc pas souffert, car nous avons été adoptés, entièrement. Même à l'école : quand j'ai eu le prix d'excellence au lycée de jeunes filles, mes professeurs m'ont offert la robe pour le recevoir. Nous étions pauvres, les tantes envoyaient d'Italie des vêtements que maman arrangeait, mais nous étions fiers du choix de notre père. Ce sont des années très heureuses, de grandes amitiés. En 1936, avec la guerre d'Espagne, j'ai commencé à avoir une conscience politique, à seize ans. Notre maison est devenue un lieu de passage et d'accueil pour de nombreux volontaires italiens. C'est là que la résistance a commencé ; une vie d'aventures politiques qui s'est achevée avec la mort de mon père, que j'ai apprise par hasard, dans la rue, à Toulouse.

Comment caractériser la personnalité de votre père ?
Ce qui impressionnait, c'était d'abord sa force de conviction, la passion de son engagement. Il a donné toute sa vie à la cause antifasciste, sans hésitations. Les Italiens, en général, n'ont pas eu ce courage. Il y a une fameuse expression pour justifier toutes les lâchetés : " tengo famiglia ". Encore maintenant, des gens qui ont pris parti contre Berlusconi renoncent à leur position car ils ont peur de perdre leur emploi. Cette menace, cette crainte expliquent le conformisme et la lâcheté de beaucoup d'entre eux. Pour mes cousins fascistes, mon père était un irresponsable, car il entraînait sa famille dans la misère et les difficultés, avec le consentement convaincu de notre mère.

Votre famille a-t-elle conservé des liens avec le Midi toulousain ?
J'ai une gratitude infinie à l'égard des amis toulousains, et nous nous sentons, mes frères et moi, profondément Toulousains : c'est une ville qui nous a accueilli chaleureusement ; les étrangers, à l'époque, c'étaient les Parisiens, pas les Italiens. Les contacts, avec les amis survivants ou leurs enfants, sont très réguliers et pleins d'affection.

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