» Un Pontife
qui a réinventé la papauté
Par Rocco Femia
Le célèbre expert du Vatican auprès du journal italien
"La Repubblica", Marco Politi, nous fait
part de sa vision des 25 ans de pontificat de Jean Paul
II, un pape au franc parler, infatigable voyageur oeuvrant
pour la Foi et la Paix.
Pour quelles raisons ce Pape passera-t-il à l'histoire
?
"Beaucoup se souviendront de ce pontificat à cause de
son combat pour la Pologne, de son engagement en faveur
de la liberté, de la chute du régime soviétique, et c'est
sûrement un aspect intéressant. Mais, avec le temps, je
crois que trois autres caractéristiques fondamentales
seront mises en relief. La première est que ce Pape aura
montré qu'il n'avait aucun complexe d'infériorité par
rapport aux idéologies en considérant au contraire que
le christianisme était toujours quelque chose d'actuel
et d'important pour des millions d'hommes et de femmes,
quels que soient d'ailleurs leurs choix. La deuxième est
que, par ses nombreux voyages autour du monde (plus de
100), ce Pape a donné un sentiment d'unité, d'appartenance
commune à un milliard de catholiques répandus dans le
monde qui se sont rassemblés autour de sa personnalité.
Le troisième élément, le plus important, est que, lorsque
ce Pape est arrivé, l'image du Souverain Pontife romain
était en substance celle du chef de l'Église catholique
et, au mieux, celle d'une personnalité chrétienne éminente.
Karol Wojtila a réussi à transformer la Papauté en porte-parole
des droits de l'Homme, en défenderesse de la dignité humaine
par-dessus les frontières géographiques, politiques, culturelles
et religieuses. Il a donné à la Papauté un rôle mondial
et, avec la rencontre d'Assise en 1996, il en a fait l'interlocutrice
active des autres grandes religions. C'est là un résultat
que l'on n'avait jamais atteint dans l'histoire séculaire
de l'Église catholique romaine. "
Une grande innovation de ce Pape est d'avoir demandé
pardon pour les erreurs passées de l'Église catholique.
" Le Pape a réussi, y compris par des actes éclatants,
à rompre l'immobilisme traditionnel et donc à lancer des
ponts vers le futur. Les gestes par lesquels il a voulu
montrer la disponibilité de l'Église et de ses dirigeants
à faire une sérieuse révision historique sont fondamentalement
au nombre de trois : premièrement, l'encyclique Ut unun
sint dans laquelle il pose en préalable que les leaders
des Églises chrétiennes réfléchissent ensemble et redéfinissent
en quelque sorte le rôle de la Papauté. Le second moment
réside en quelques événements-clés comme la visite à la
Synagogue de Rome, le voyage à Jérusalem et la reconnaissance
de l'État d'Israël et sa ferme condamnation, année après
année, de l'antisémitisme. Le troisième point marquant,
celui qui a été un véritable choc pour les milieux les
plus conservateurs, a été son mea culpa dans la Basilique
Saint Pierre, durant l'année jubilaire, le 12 décembre
de l'an 2000, et sa reconnaissance solennelle des erreurs
et des horreurs commises par l'Église catholique au cours
des siècles. Beaucoup de cardinaux étaient sceptiques,
mais le Pape a soutenu que seule justement " la purification
de la mémoire " (une expression qu'il utilise souvent)
peut permettre de donner ensuite l'action de l'Église
pour une nouvelle évangélisation. "
De quoi devra se repentir le Pape qui succèdera à Jean-Paul
II ?
" Beaucoup espèrent que le futur Pape conserve cette vision
autocritique de la Papauté. Une purification, à cet égard,
ne peut qu'aider à la diffusion de la foi. Le futur Pape
ne pourra pas se dispenser de poursuivre sur ces grandes
lignes le dialogue inter-religieux, il ne pourra pas ne
pas donner une nouvelle impulsion à l'œcuménisme et il
ne pourra qu'avancer sur la ligne de la reconnaissance
des erreurs commises par l'Église catholique."
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