» Les Châteaux
du Piémont
Par Giancarlo Libert
En cette terre frontière, le temps a laissé autant
de châteaux que l'histoires. Vieux fortins gardés intacts
du Moyen-Âge ou demeures princières aux somptueux intérieurs,
le tourisme culturel prend là vraiment ses lettres de
noblesse.
"Andar per Castelli" était le titre d'une belle
collection, publiée il y a plus de vingt ans, consacrée
à environ deux cents châteaux du Piémont. Un recensement
récemment réalisé par la Région Piémont a dénombré plus
de 2000 châteaux et donjons dans les 1215 communes de
la région. On en trouve dans presque toutes les communes
piémontaises, au pied des montagnes, anciennes garnisons
qui surveillaient les cols alpins et les principales voies
de communication, transformées aujourd'hui en modernes
résidences ou en œnothèques.
À travers ce parcours, nous voudrions inciter le lecteur
à s'attarder sur ce qu'a été le Piémont, sur la richesse
artistique et culturelle de cette région, mais aussi sur
sa valeur du point de vue des paysages, de la campagne
de Cuneo jusqu'à l'extrême limite de sa frontière avec
la Suisse. Chaque château, chaque tour a sa caractéristique
propre, qu'il ait été construit au Moyen Age, modernisé
aux XVIIe-XVIIIe siècles, ou qu'il soit resté tel qu'il
était en ces époques lointaines. Chacun d'entre eux renferme
une, cent histoires à raconter, récits de banquets et
de crimes, de rois et de reines, de seigneurs et de bergères,
mais, tel le voyageur du XIXe siècle qui, de son carrosse,
admirait le paysage au rythme de ses chevaux, seul un
lecteur attentif pourra accomplir ce voyage entre Moyen
Age et temps modernes à travers l'histoire des châteaux.
Le Piémont doit ses innombrables châteaux à son morcellement
territorial, au fait d'avoit toujours été une terre de
frontière, à la présence de très nombreux seigneurs et
seigneuries unifiées tardivement par la Maison de Savoie,
comme le Marquisat du Montferrat, le Marquisat de Saluzzo,
la Principauté d'Acaia, pour n'en citer que quelques-unes.
Notre parcours commence par la province de Cuneo et le
château de Barolo, entouré des vignes d'où on tire le
Barolo, le roi des vins. Le château est lié au nom des
marquis Falletti et son histoire est marquée par les activités
philanthropiques du marquis Tancredi et de sa femme Giulia
Colbert, une Française de Vendée descendant du ministre
des finances du Roi Soleil. Celle-ci s'est occupée de
l'instruction des jeunes et des femmes exclues ; elle
a été une des principales animatrices de la culture turinoise
du XIXe siècle, laissant tous ses biens à l'Opera Pia
Barolo. Le château, d'où partaient à Turin, vers la cour
de Savoie, les tonneaux du précieux nectar, remonte au
Xe siècle. Silvio Pellico y a séjourné pour organiser
la bibliothèque historique et c'est actuellement le siège
de l'œnothèque régionale du Barolo.
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