» Fabrizio
De André
Par Rocco Femia
Enfant de Gênes, voix des faibles et des parias, chanteur
emblématique des années de contestation, il laisse en
héritage un répertoire qui touche au coeur de l'Italie
entière.
"Quand un poète s'en va, la terre pleure", dit
un proverbe africain. Fabrizio De André était un grand
poète de la musique italienne, un artiste à part entière,
capable de marier poésie et musique en créant un style
qui a profondément influencé des générations entières.
De André s'est éteint il y a quatre ans, le 11 janvier
1999. Ce fut la fin d'une époque, d'une très longue et
extraordinaire saison de la musique italienne, celle de
la chanson d'auteur. Issu de la bourgeoisie génoise, il
a pourtant passé sa vie à dénoncer les hypocrisies d'un
certain vivre bourgeois. Il a été un artiste tout à fait
à particulier : à l'ère du triomphe de la communication
télévisée, il a brillé par son absence ; à l'ère du compromis
pour atteindre de meilleures ventes, il n'a jamais conclu
de pacte avec le marché, les modes et les classements.
Il a composé des textes et des musiques en totale liberté
en mélangeant la tradition de la musique italienne avec
Flaubert, Balzac, Dostoïevski, avec les chansons de Georges
Brassens, Jacques Brel, Leonard Cohen et Bob Dylan, avec
les Évangiles apocryphes. Sans négliger ce qui se passait
autour de lui, des manifestations de 68 jusqu'aux enlèvements
des bandits sardes, sans non plus oublier les plus faibles,
les prostituées, les déshérités, les personnes abandonnées,
les transsexuels, les suicidés et les voleurs, toujours
présents dans ses chansons.
"Carlo Martello ritorna dalla battaglia di Poitiers"
(Charles Martel revient de la bataille de Poitiers), une
de ses premières chansons, née à la suite d'une blague
estudiantine, détient le privilège, plutôt rare dans le
monde de la musique, d'avoir été jugée par les autorités
judiciaires " pour langage obscène ". L'aventure fugace
entre un roi capricieux et une paysanne sauvageonne -
en réalité une professionnelle de l'amour - scandalisa
les bien-pensants de l'époque. Des mots tels que " pute
" et " cocu " firent de De André un auteur-compositeur-interprète
" interdit ", un de ceux que l'on écoutait en catimini.
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