» Le lac
Majeur : un rêve les yeux ouverts
Par Rocco Femia et Marcella Rinaldi
"Si tu as un cœur et une chemise", disait souvent Stendhal
en parcourant ce pays, "vends la chemise et va voir les
rives du lac Majeur".
C'est ici justement que Stendhal a écrit son célèbre chef-d'œuvre
"La Chartreuse de Parme". Le romancier français
a été le premier d'une longue théorie d'artistes, de poètes,
de lettrés ou d'architectes attirés par une lieu sur lequel
ils ont laissé un riche patrimoine culturel et artistique,
toujours objet d'admiration, des Palais Borromée au Colosse
San Carlo à Arona, pour ne citer que quelques exemples.
Elle est longue, en effet, la liste des personnalités
qui ont fréquenté ces terres. De Stendhal à Hemingway,
de Léonard de Vinci à Fogazzare, de Dostoïevski à la reine
Victoria et à d'Annunzio. Avant même Stendhal, voici ce
qu'écrivait Montesquieu en 1754 : " Souvent l'âme
est surprise de ne pas pouvoir concilier ce qu'elle voit
avec ce qu'elle a déjà vu. En Italie, il y a un grand
lac appelé Majeur, c'est une mer de dimensions réduites
dont les rives n'offrent qu'un spectacle sauvage. À quinze
milles de la rive, au milieu du lac, se trouvent deux
îles (…) appelées Borromée, qui sont à mon avis le lieu
le plus enchanteur du monde. "
On peut dire que le grand romancier français du siècle
des Lumières avait vu juste. Microclimat (on en arrive
à des caractéristiques quasi tropicales), végétation et
paysage d'un milieu extraordinaire, même si l'attrait
principal est exercé par le lac lui-même et ses îles splendides
qui forment, avec les Castelli di Cannero et l'îlot de
San Giovanni Battista (où vécu Arturo Toscanini), un archipel
extraordinaire : Isola Bella, Isola dei Pescatori et Isola
Madre. La plus grande des trois est l'Isola Madre, la
plus évocatrice aussi et la plus paisible dans son atmosphère
recueillie, silencieuse, enchantée. D'elle, Gustave Flaubert
a écrit : " Paradis terrestre. C'est le lieu le plus voluptueux
que j'ai vu, où la nature vous charme de mille séductions.
" L'île est particulièrement célèbre pour ses plantations
d'azalées, de rhododendrons et de camélias, mais aussi
pour le plus grand spécimen d'Europe de cyprès du Cachemire
(plus de 200 ans). L'Isola Madre est en fait une vaste
et luxueuse maison du XVIIIe siècle. Son immense jardin
est rempli de surprises ; on y rencontre des paons, des
perroquets, des faisans en liberté qui vivent parmi les
végétaux d'Australie, du Tibet, de Birmanie. Un phénomène
de réfraction des eaux fait que la chaleur et l'humidité
se concentrent sur cette île.
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