» Marseille
il y a un siècle, l’autre grand port italien
Par
Laure Teulières
À la fin du XIXe siècle,
la cité phocéenne en pleine expansion rencontre la grande
émigration issue de la Péninsule. Des foules d’Italiens
y arrivent pour s’y embarquer ou s’y établir, la marquant
à jamais de leur influence.
Port et porte de la Méditerranée, Marseille
semble être de tous temps un point de rencontre et d’accueil
pour des populations aux origines multiples. Les Italiens
y ont leur part, bien sûr, au premier chef. Dès avant
l’époque moderne, on y croise déjà des transalpins effectuant
divers négoces et quelques grandes familles de commerçants,
tels les juifs livournais présents d’ailleurs sur presque
tout le pourtour méditerranéen. On y trouve surtout des
immigrants venus des pays alpestres, Piémont, Ligurie,
sans oublier les terres italiennes que sont alors la Savoie
ou le pays niçois. En ce temps-là, tous sont indistinctement
appelés « Piémontais ». Les 16 000 Italiens constituent
86 % des étrangers recensés à Marseille en 1851. Ils participent
de cette population que l’on dit « flottante », petit
peuple laborieux voué aux plus durs métiers du port et
des chantiers. Comme il n’y a encore que peu de formalités,
les mouvements de population sont très fluides et les
frontières absolument poreuses. Il arrive par exemple
que des Ligures installés dans les cités provençales rentrent
chez eux « faire l’olive » à la saison avant de revenir
plus tard, et ainsi de suite. Il y a aussi des réfugiés
politiques. En 1831, après l’échec des insurrections en
Italie centrale, une partie des dirigeants carbonari (membres
de la société secrète défiant l’absolutisme monarchique)
se réfugie à Marseille. C’est d’ailleurs là, en exil,
que Giuseppe Mazzini lance son manifeste révolutionnaire
« l’Instruction générale pour les membres de la Jeune
Italie » et publie son journal Giovine Italia avant d’être
expulsé par les autorités françaises.
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