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Italie: Hayange

» Un sidérurgiste d’Hayange
Par Laure Teulières
Dans la famille Fracassi, on a migré plus d’une fois, mais toujours vers Hayange, ses mines et ses usines. Un parcours qui nous introduit dans l’univers des entreprises de Wendel, de l’apogée de la sidérurgie aux restructurations.

Angel Fracassi a gardé excellente mémoire. À 80 ans (il est né en 1924), il regrette seulement de n’avoir pas pris le temps de s’intéresser plus tôt à ses origines italiennes et de ne pas se sentir assez littéraire pour écrire lui-même l’histoire de sa famille. Il a certes reconstitué son arbre généalogique ; mais ce qu’il sait de source sûre, c’est ce qui lui a été transmis par la mémoire familiale. C’est ainsi qu’il peut dire que ses grands-pères ont sans doute fait plusieurs fois l’aller-retour entre l’Italie et la vallée de la Fensch, en Moselle annexée, pratiquant la migration temporaire à la manière d’autrefois. Tous venaient de l’ex-province d’Udine, aujourd’hui celle de Pordenone, et plus précisément de la ville de Sacile (côté paternel) et du village de Cordignano (côté maternel). Ce n’étaient pourtant pas, dit-il, « d’authentiques Furlani » puisqu’ils parlaient le dialecte vénitien.
Luigi, son père, pris à son tour le même chemin en 1903. Aîné de sept enfants, sept bouches à nourrir, il émigra à 14 ans avec un ami à peine plus âgé pour s’embaucher à Hayange dans un atelier de « boulonnerie » (ferronnerie) ; emploi qu’il quitta deux mois plus tard sans laisser d’adresse, falsifiant son passeport en se vieillissant de deux ans afin d’obtenir un travail plus dur mais mieux rémunéré, au crassier, à décharger les wagons de décombres. Il fit ensuite quantité de va-et-vient entre les deux pays, revenant travailler toujours dans le même groupe, bien qu’en différents ateliers, et pour finir à la mine en 1913. « En ce temps-là, les mineurs étaient considérés » rappelle Angel, et plutôt bien payés. Quant à l’entreprise de Wendel, elle formait un monde à part. Malgré l’annexion allemande de 1870, on continuait d’y parler essentiellement français et de rédiger en cette langue tous les documents internes (la langue allemande n’y sera brièvement imposée qu’entre 1916 et 1918).

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