» Gorizia, une
ville sans frontière
Par Rocco Femia
Gorizia et Nova Gorica, deux noms pour une ville
désormais réunifiée. Quand Gorizia respire
l’Europe.
Dans certaines maisons de Gorizia, il suffit
d’aller de la cuisine à la chambre pour que
le téléphone change de langue, de l’italien
au slovène. Mais pour abattre un mur, il a fallu
bien plus qu’une touche téléphonique.
Cela semble banal mais à Gorizia, le mur, le vrai,
qui divisait, telle une balafre, la ville depuis 1947,
mais qui laissait tout de même passer plus de 40.000
clandestins par an, n’est désormais plus
qu’un résidu de guerre, un souvenir posé
sur un meuble, peut-être à côté
d’un petit bout de l’autre mur, celui de Berlin.
Gorizia-Nova Gorica : deux âmes aujourd’hui
dans un territoire devenu le cœur de l’Europe.
Deux villes avec deux histoires, comme dirait Dickens.
Et ce n’est pas parce que d’un côté
les bars ferment à dix heures du soir alors que
de l’autre, ce sont les casinos qui commencent à
se remplir. La nostalgie de la division n’est plus
perceptible à Gorizia, on n’entend plus dire :
s’était mieux quand c’était
pire. Bien sûr, la frontière et les douanes
étaient sources de petits gains politiques et économiques
et il ne sera pas facile de reconvertir les intérêts.
Mais la ville est désormais entrée avec
fierté et certitude dans une nouvelle saison de
son histoire.