» Retrouver l’étonnement
Par Mario Del Bello
Après trente années au service du cinéma, Pupi Avati
fait le point. Amertumes et espoirs de l’un des plus grands
cinéastes italiens, qui à l’occasion de la sortie en Italie
de son nouveau film “Ma quando arrivano le ragazze?”, nous parle
aussi de son film ‘La rivincita di Natale’ qui sortira prochainement
en France.
L’appartement de Pupi Avati est rempli
de photos, souvenirs et récompenses. Sur le bureau, se
détache le portrait d’une femme douce et sereine
dont les traits rappellent tout de suite ceux du réalisateur.
Il s’agit de sa mère. Une femme qui - commence
à dire Pupi Avati avec un calme typiquement bolognais
– était un océan de souvenirs, d’anecdotes
et de détails. C’est d’elle, je crois, que
me vient cette envie de raconter et, à travers le récit,
de dire probablement qui je suis. Évidemment, j’utilise
un outil insolite, le cinéma, je suis un privilégié,
car tout le monde n’a pas ces conditions. Pourtant, il
faut être prédisposé pour cela et surtout
avoir quelque chose à dire. Je crois que c’est
pour cela que je suis réalisateur de cinéma.
Votre dernier film, La rivincita
di Natale (la revanche de Noël), un grand succès
en Italie, est une histoire plutôt amère sur le
monde d’aujourd’hui.
Le film fait passer un message assez évident, c’est-à-dire
la désacralisation de l’existence dans laquelle
nous vivons. Ce n’est pas pour rien que l’histoire
se déroule la nuit de Noël, dans une église
désaffectée. C’est un thème qui m’est
cher, l’orgueil laïque, la raison qui a remplacé
toutes les autres, en produisant un appauvrissement du contexte
social. Je pense que l’être humain a des possibilités
qui le portent à vivre dans un ailleurs, à imaginer
quelque chose qui va au-delà de la réalité
qu’il voit. Aujourd’hui, au contraire, nous éduquons
nos enfants dans une étroitesse d’esprit, un appauvrissement
qui entraîne plus de fermetures que d’ouvertures.
Le film évoque les dix-huit dernières années
passées. Les cinq personnages, qui représentent
la partie la plus décadente de la société,
n’ont rien fait d’autre que de s’adapter aux
temps nouveaux. D’ailleurs, j’observe qu’aujourd’hui
une décadence également des institutions centrales,
dont la famille. Je suis père et grand-père ;
quel exemple donner aux petits-enfants ? Ces derniers choisiront
peut-être l’un des participants du Loft.
Je crois que même l’Église, dans sa course
effrénée pour être un tant soit peu dans
le coup, a un peu abdiqué devant sa mission spirituelle
pour se tourner vers le social, ce qui est très bien,
car la société a besoin de thérapeutes.
Pourtant, je remarque un recul de la spiritualité, pour
ne pas parler de l’école, avec des enseignants
sans vocation... La société est en train de devenir
de plus en plus terrible, plus fermée, avec une religiosité
qui se traduit par le fondamentalisme.
Pourtant, dans votre film précédent,
Il cuore altrove (Le cœur ailleurs), une histoire émouvante,
il y avait au moins un peu d’espoir.
C’était une histoire plus rassurante, située
en 1920, même si elle a plu aux jeunes d’aujourd’hui.
D’après moi, c’est un film qui possède
une qualité dont il faut s’inspirer : la simplicité.
Je l’ai recherchée dans beaucoup de mes films et
j’essaie de la proposer comme une donnée positive,
car si les gens étaient plus sujets à l’étonnement,
à l’enchantement, ils seraient meilleurs. Ils parviendraient
mieux à tout apprécier.
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