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Radici d'Italia: Enrico Mattei

» Pietro ou l’histoire d’une vie de Sicilien“ailleurs”
Par Bénédicte Chaix

De la Sicile à l’Angleterre, du dur labeur de bracciante au salon de coiffure réputé pour sa classe « à l’italienne »… Itinéraire d’un émigré qui a voulu s’en sortir et a su éveiller la chance. Ou comment des rencontres de hasard décident parfois des grands tournants de la vie.

De mémoire d’homme, les Siciliens sont ancrés dans une tradition d’expatriation vers les quatre coins du monde. Au vingtième siècle, les phénomènes d’émigration massive depuis la plus grande île de la Méditerranée ont été la conséquence de problèmes économiques et d’une misère endémique de la population rurale. Entre Sicile et Angleterre, le parcours de Pietro, 68 ans, ancien coiffeur à Darlington (County of Durham, Yorshire) est symbolique de cette démarche courageuse de partir vers un « ailleurs ». Il nous la raconte en quelques étapes essentielles.
Sciacca en Sicile. Pietro a peut-être dix ans lorsqu’il quitte définitivement l’école arrêtant les études au niveau primaire. Il ne ressent pourtant aucune gêne à parler de son enfance pauvre et dure, ni non plus aucune honte concernant l’absence de diplôme. Il s’est forgé sa propre culture générale au fil des ans ; à tel point qu’il se révèle souvent étonnant voire époustouflant dans les conversations… à l’époque de sa jeunesse, la pauvreté minait la Sicile rurale, notamment les provinces du sud de l’île comme celle d’Agrigento dont il est originaire. Il découvre donc très vite ce que signifie avoir faim et travailler aux champs dès l’aube : « Quand j’avais une dizaine d’années [c’est-à-dire en 1946], j’attendais sur la place à 5 heures du matin ; j’attendais que quelque paysan ait besoin de bras pour la journée ou pour quelques heures. On savait qu’on pouvait trouver des journaliers sur la place. J’attendais et peut-être personne ne venait. Quand parfois ils me prenaient pour travailler dans les champs, ils me donnaient à la fin de la journée une pomme de terre ou un bout de pain en guise de paiement. »
Pietro a cependant de l’ambition et rêve d’un grand départ vers de nouveaux horizons. Ses parents l’y encouragent vivement car rien ne le retient à Sciacca, ville vivant quasi exclusivement de la pêche, l’agriculture et autres activités manuelles. Il décide donc d’investir son énergie dans la construction d’un futur meilleur pour échapper à un destin stérile. C’est cette « culture de la pauvreté » qui le motive et lui donne une attitude différente face à l’adversité : « Ce négativisme, au lieu de m’abattre, a été mon moteur », déclare-t-il. à 24 ans, il quitte la Sicile sans vraiment savoir si cela sera définitif ou non. Ce qu’il sait en revanche, c’est qu’il refuse cette destinée ingrate et qu’il veut tenter sa chance, ailleurs. La première étape le mène à Rome où il travaille chez un coiffeur en tant qu’assistant. Il s’occupe des petites tâches esthétiques comme l’épilation des sourcils, les shampooings, etc. Bref, il apprend à connaître le monde des salons, à accueillir et choyer la clientèle féminine. Sa seule idée est de « réussir », de partir à la découverte de nouveaux horizons professionnels. Pendant environ deux ans, il économise pièce à pièce l’argent qu’il gagne : peu de dépenses personnelles, peu de sorties. Voyant du dehors les magnifiques hôtels de la Capitale, il se dit qu’un jour il reviendra, que les rôles seront différents et que se sera lui, alors, le client choyé.

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