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» Quand les insultes s’attaquent aux différences
Par Flavio Apriglianese

Les insultes ethniques existent dans toutes les langues. Même si ce ne sont que des locutions, elles peuvent cependant être blessantes, renforcer des préjugés, marginaliser des groupes ethniques, créer des problèmes juridiques. Quelles sont les insultes ethniques les plus répandues chez les Italiens ? Comment ont-elles évolué ? Ont-elles été influencées par la récente augmentation de l’immigration en Italie ? Un livre récemment publié en Italie par Garzanti, « Le parole contro », de Federico Faloppa, nous apporte quelques réponses

Sans se soucier de savoir si une personne pourrait s’en offusquer, on dit couramment en Italie « fumare come un turco » (fumer comme un Turc), « bestemmiare come un turco » (blasphémer comme un Turc) et, face à des faits qui sortent de la norme, on entend : « cose turche ! » (littéralement, des choses turques, en fait, des choses bizarres). On dit aussi de quelqu’un qui est pauvre qu’il est « povero come un albanese» (pauvre comme un Albanais). Les habitants du désert ne sont pas en reste car quand une personne est vêtue de façon quelque peu étrange, on dira « sembra un beduino » (on dirait un bédouin). Les populations africaines deviennent souvent de simples prétextes servant à définir une personne au comportement peu délicat : « Si comporta come uno zulù » (Il se comporte comme un Zoulou).
On peut donc se demander quels sont les pays que les Italiens prennent souvent pour cible et pourquoi. Le livre de Federico Faloppa révèle l’origine de ces expressions verbales et de ces locutions qui se sont généralisées sur le territoire de la péninsule. Certaines ont une longue histoire, comme les locutions relatives au juif, à l’arabe, à l’infidèle non catholique, non chrétien, tandis que catholique et chrétien évoquent toujours dans la langue italienne une personne positive, bien sous tout rapport.
Les insultes ethniques sont particulièrement bien ancrées dans les dialectes riches de proverbes et expressions qui naissaient face à la diversité qui s’introduisaient régulièrement sur le territoire italien, que se soit directement ou indirectement. Comme les dialectes ont été, et sont souvent encore, la principale langue même après l’Unité de l’Italie, il est évident qu’ils demeurent un réservoir important. Il faut ajouter à cela l’immigration qui a récemment augmenté en Italie et qui a eu un impact sur ces expressions, du moins dans certains cas. Par exemple marocchino (Marocain) ou albanese (Albanais) indiquent depuis quelques années l’immigré en général avec une connotation négative. Les événements de l’Afghanistan ont entrainé l’utilisation pendant une certaine période du mot talebano (Taliban), devenu le symbole d’un extrémisme applicable aux secteurs les plus divers comme celui de la politique pour dénigrer un adversaire, mot associé de façon inappropriée et incorrecte à l’intégriste, alors que ce mot, en arabe, évoque l’altérité.
Mais quels sont les traits les plus visés par l’insulte ethnique ? La couleur de la peau, la religion, la façon de parler et les habitudes alimentaires. En Italie, les locutions sont encore fortement liées à la différence religieuse, nous avons d’ailleurs déjà cité le cas du juif qui écope de mots peu indulgents. En effet, les termes ebreo (hébreux) et giudeo (juif) ont acquis au fils du temps des significations négatives dans les dialectes ; un véritable catalogue d’insulte : avide, avare, escroc, impur… Certains sens ne sont plus employés, d’autres hélas ont du mal à mourir. Même le mot ghetto, dont Faloppa reconstruit la passionnante histoire d’abord liée à Venise, associe au juif une idée d’exclusion et reste synonyme de confusion dans de nombreux dialectes. Quant aux Italiens à l’étranger, ils sont souvent associés de façon péjorative, et nous le savons bien, à des pâtes, les « maccheroni » !
Les régions ont également développé leurs propres insultes. En linguistique, le blason populaire indique les proverbes, locutions, jeux de mots et blagues liés à un lieu ou à un territoire. Federico Faloppa affirme dans son livre que les insultes attaquant la diversité sont issues des sobriquets du blason populaire et se sont développées au milieu du XIXe siècle en France. Les insultes fusent aussi entre habitants d’un même pays. Ainsi, un avare en Italie sera traité de « genovese », (Génois), un bavard sera un « napoletano » (Napolitain), on conseillera à un homme jaloux de « non fare il siciliano » (ne pas faire le Sicilien), et celui qui est « falso e cortese » (faux et poli) se verra attribué le titre de « torinese » (Turinois)… De toute façon, le campanilisme a toujours existé et existe encore, il suffit de se rendre sur un terrain de foot pour s’en rendre compte. Mais il est des différences plus difficiles à oublier.

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