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Radici d'Italia: Enrico Mattei

» L’affaire Mattei
Par Philippe Foro

Enrico Mattei, directeur général de l'ENI (Société nationale italienne des hydrocarbures) fut défini par un journaliste américain comme "l'Italien le plus puissant après Jules César". Sa mort demeure un mystère .

Le 27 octobre 1962, vers 19 heures, un avion venant de Catane, en phase d’approche de l’aéroport de Milan, s’écrase. Outre le pilote et un journaliste américain, Enrico Mattei, directeur de l’ENI (Ente nazionale idrocarburi : Office national italien des hydrocarbures) trouve la mort. Le lendemain, la presse internationale loue le disparu. “Mattei a joué un rôle essentiel dans le progrès économique et social de l’Italie” (L’Express), “Avec la mort d’Enrico Mattei, l’Italie, et peut-être l’Europe, a perdu une des personnalités les plus exceptionnelles de l’après-guerre” (The Guardian). Surnommé “l’Italien le plus puissant depuis l’empereur Auguste”, Mattei est un homme qui compte dans l’Italie d’après-guerre. Sa politique d’indépendance énergétique, la haute idée qu’il se fait du rôle que peut jouer l’Italie en font un homme de poids. Il gêne nombre de personnes au point que l’on évoque rapidement la possibilité d’un attentat contre lui.

Qui est Enrico Mattei ?
Né en 1906 à Acqualagna (province de Pesaro dans la région des Marches), Enrico Mattei entre rapidement en résistance à la suite de l’occupation de l’Italie par les Allemands en septembre 1943. Catholique lui-même, il se lie d’amitié avec des personnalités catholiques telle Augusto De Gasperi, frère du futur président du Conseil. En août 1944, Mattei est investi de la charge de représentant démocrate-chrétien dans le commandement militaire de la Haute-Italie. Il est nommé, en 1945, commissaire extraordinaire de l’Agip (Azienda generale italiana petroli : Agence générale italienne des pétroles). Alors qu’est évoquée la possible cession de l’Agip à Edison, il fait entreprendre des recherches dans la vallée du Pô et des réserves de méthane sont découvertes à Cortemaggiore de 1946 à 1949. De Gasperi et son ministre des Finances depuis mai 1948, Ezio Vanoni, acceptent son idée de mettre sur pied un secteur nationalisé de l’énergie. En 1953, l’État italien fonde l’ENI. Nommé à la tête de celui-ci, Mattei se consacre pleinement à cet État dans l’État. Dynamique et volontaire, déléguant peu ses responsabilités, il partage son temps entre l’étranger, le siège de l’ENI à Rome et la succursale milanaise de San Donato Milanese.

Une politique d’indépendance énergétique.
L’objectif de Mattei est de donner à l’Italie une place parmi les puissances pétrolières. Il dote le pays d’infrastructures en ce sens : un Institut d’études supérieures sur les hydrocarbures à San Donato Milanese, des établissements pétrochimiques à Ravenne en 1955, Gela et Ferrandina en 1958, un immense oléoduc à Gênes en 1960, d’autres établissements pétrochimiques dans le Mezzogiorno continental, près de Matera, Bari, Catanzaro. Mais la politique de l’ENI est surtout importante sur le plan international. Mattei n’hésite pas à négocier directement avec les pays producteurs de pétrole. Il signe, en mai 1955, un accord d’exploitation avec le gouvernement égyptien qui est complété cinq ans plus tard par la réalisation d’un oléoduc entre Suez et Le Caire. La grande nouveauté de l’accord est que Mattei n’applique pas la règle traditionnelle des 50-50 entre le pays producteur et la société exploitante. La priorité est donnée au pays souverain qui détient les réserves de pétrole. Selon l’évolution du cours du pétrole, l’Égypte reçoit entre 62,5 % et 70 % des revenus. L’accord de 1957 avec l’Iran va même au-delà avec 75 % des revenus au gouvernement iranien. D’autres accords suivent (Libye, Soudan, Tunisie, Nigéria).

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