» Fellini,
cinéaste absolu
Par Pasquale Lubrano
Ce félin roi du cinéma italien, originaire
de Rimini, nous ouvre les portes de son royaume et nous
livre quelques dés ouvrant sur son univers. Visite
intime du grand “cinéastre” sous la
conduite de Giovanni Grazzini, auteur d’un livre-interview
sur Federico Fellini.
Federico Fellini, une des personnalités
artistiques parmi les plus riches du cinéma italien,
un metteur en scène qui ne s’est jamais répété,
même si, avec le temps, son empreinte stylistique
n’a pas cessé de se caractériser toujours
davantage, lui conférant finalement une renommée
mondiale. Ses films ont tour à tour enchanté,
ému, déconcerté les spectateurs du
monde entier, en les surprenant toujours par leur nouveauté
et leur originalité. Les éditions Laterza
nous offrent la possibilité de connaître
de plus près cet artiste en réimprimant
l’entretien recueilli par le critique de cinéma
Giovanni Grazzini il y a quelques années. Une interview
qui commence sur l’hésitation de Fellini
– je ne sais jamais quoi répondre parce que
je ne sais pas qui vous interrogez – mais qui, à
la fin, devient un document clé pour le connaître
ce génie de l’image et de l’imaginaire.
Une profonde amitié le liait à Grazzini ;
c’est ce qui a permis aux deux hommes de se présenter
en toute transparence et honnêteté et qui
a permis à Fellini d’ouvrir son cœur
et son esprit sans aucune réserve.
Nous savons que Fellini a commencé sa carrière
comme dessinateur humoristique dans quelques revues florentines
et au Marc’Aurelio à Rome, et cela explique
pourquoi certains de ses personnages semblent tout droit
sortis des pages de ces revues. Il s’agit de caricatures
bienveillantes, à l’humour subtil mais non
corrosif, inspiré souvent par sa compréhension
des limites humaines. Persuadé que c’est
précisément l’école qui a développé
en lui cette façon de regarder les gens, il a déclaré :
« les profs, malgré leurs hurlements
et leurs regards foudroyants derrière leurs lunettes,
malgré les insultes, les cahiers déchirés,
les menaces hurlées en un dialecte inconnu…,
malgré toutes leurs attitudes névrotiques,
schizophrènes, ou peut-être à cause
de cela, étaient vraiment drôles, pathétiques,
et ils m’inspiraient beaucoup de sympathie ».
(…)
Dans tous ses films, il a voulu prouver que la magie de
la création, propre au cinéma, n’a
rien à envier à la création d’autres
œuvres d’art : « le cinéma
est une manière divine de raconter la vie, de faire
concurrence à Dieu. Aucun autre métier ne
permet de créer un monde qui ressemble autant à
celui que nous connaissons mais aussi aux autres, les
mondes inconnus, parallèles, concentriques…
L’émotion absolue, les frissons, l’extase,
c’est ce que j’éprouve devant un théâtre
vide : c’est un espace à remplir, un
monde à créer ».
Ce dont il se sentait, cependant, particulièrement
responsable, c’était d’éviter
l’approximation qui était, pour lui, l’émanation
la plus directe de l’ignorance et de la stupidité… « Je
me sens tenu de ne pas me tromper, de ne pas me satisfaire,
de témoigner, par une utilisation rigoureuse des
instruments dont je dispose, du pétrin dans lequel
je me trouve parfois parce que seule cette disposition
d’esprit est toujours positive : la sphère
émotionnelle dégage toujours de l’énergie,
aussi bien du point de vue éthique que du point
de vue esthétique.
Le Beau est également Bon. L’intelligence
c’est de la bonté : l’une et l’autre
entraînent une libération de notre prison
culturelle ».
Quand on lui a demandé s’il existait pour
lui une beauté plus émouvante que la beauté
esthétique, il a répondu : l’innocence.
Retrouvez la suite de l'article
dans Radici!