» La Normandie,
terre atypique d’immigration
Par Marc Pottier
Professeur
détaché
Responsable pédagogique du Mémorial de Caen
Terre d’immigration moins connue que d’autres,
la Normandie n’en fut pas moins un creuset pour
les Italiens en quête de travail.
Aujourd’hui il semble évident
d’associer l’histoire de l’immigration
à certaines régions françaises. Des
espaces comme le Nord ou l’Est de la France, la
banlieue parisienne ou le grand Sud-Ouest ont été
en partie façonnés durant le XXe siècle
par les étrangers. La mémoire des Italiens,
des «Ritals» de Cavanna est à jamais
inscrite à Nogent-sur-Marne, celle des Polonais
est indissociable des corons et du bassin minier du Pas-de-Calais.
Mais si l’histoire de l’immigration en France
a privilégié à juste titre les grands
foyers de peuplement allogène que sont les zones
frontalières, les centres de la grande industrie
ou des villes comme Paris et Marseille, elle n’a
que très peu abordé la présence étrangère
dans des espaces profondément marqués par
leur ancienne ruralité comme le grand Ouest français
et notamment la Basse-Normandie.
Il est vrai qu’en valeur absolue dans la première
partie du XXe siècle, les trois départements
bas-normands que sont le Calvados, la Manche et l’Orne
n’ont jamais connu un pourcentage d’étrangers
comparable à la moyenne nationale et moins encore
à celui des régions privilégiées
de l’immigration. Au plus fort de leur présence,
les étrangers n’ont jamais constitué
que 2 % de la population régionale. Avec 3,56 %
d’immigrés en 1931, le Calvados département
bas-normand à la plus forte proportion d’étrangers
était bien loin derrière les Alpes-Maritimes,
les Bouches-du-Rhône ou la Moselle. Appliquées
à la Normandie, les statistiques fournies par les
recensements laissent l’impression d’un grand
vide d’immigrés et pourtant, de 1901 à
1931, le Calvados fait partie du groupe restreint des
départements français dont la population
étrangère décuple. Certaines villes
de ce département connaissent une progression fulgurante
du nombre de leurs ressortissants étrangers. Ainsi
Mondeville et Colombelles, communes sidérurgistes
de la banlieue caennaise qui ne comptaient avant la Première
Guerre mondiale qu’une poignée d’étrangers,
sont, durant l’entre-deux-guerres, des foyers importants
de la présence immigrée. En 1931, 20 % des
Mondevillais sont des étrangers. Au même
recensement, ces derniers représentent plus de
37 % des Colombellois. À Dives-sur-Mer, ville métallurgiste
du littoral calvadosien, ils dépassent alors le
tiers d’une population forte de plus de 4 000 habitants.
Et le ruban bleu est détenu par Potigny. Dans cette
cité minière, la population est à
plus de 67 % étrangère.
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