» Carrare,
le marbre des princes
Par Mélie Pailhoux
La vraie nature de la province de Massa Carrara est
à rechercher dans sa composante principale :
la pierre. De tous les types de pierres qui jallonent
sa terre, domine, unique et inimitable, le signe du marbre.
Il y a deux mille ans que Carrare extrait
le marbre du ventre des montagnes sauvages qui se trouvent
derrière elle. La ville elle-même et la civilisation
de ses habitants sont nées et se sont formées
avec le marbre. Extraction, transport et transformation
de cette roche très blanche règlent depuis
des siècles les rythmes et les âmes des habitants.
Au début (1er siècle av. J.C.), les énormes
blocs de pierre étaient détachés
à la main en profitant des fissures naturelles
de la roche, les peli, dans lesquelles on enfonçait
à coups de masse quelques coins en bois de figuier.
Puis, ce bois était mouillé et, en gonflant
détachait le bloc. Ensuite, les Romains ont réussi
à trouver une méthode pour extraire des
blocs de dimensions préétablies, par la
méthode dite de la formella : on creusait une rainure
de 15 à 20 cm, dans laquelle on enfonçait
des coins de fer qui, à force de percussions, permettaient
de détacher des blocs de deux mètres d’épaisseur.
Les mineurs, souvent esclaves ou forçats, travaillaient
à des hauteurs vertigineuses, attachés à
une corde, les pieds posés sur un échafaudage
fixé à la paroi par des grappins. Un lourd
travail dans lequel la vigilance était toujours
vitale. Il suffisait du passage de quelques chèvres
en surplomb pour faire glisser un caillou sur la tête
du malchanceux mineur et lui faire perdre l’équilibre.
Les blocs étaient ensuite traînés
vers le bas (on se servait d’habitude d’un
plan incliné ou glissière de pierre appelée
ravaneto), dégrossis et équarris à
coups de ciseau et de marteau pour être livrés
à peu près aux dimensions voulues par les
commanditaires. Ils étaient ensuite hissés
sur une énorme luge, la lizza qui glissait sur
des rondins, les parati, qu’une équipe disposait
devant, au fur et à mesure de l’avancée.
Le dernier transport se faisait sur des chariots traînés
par des bœufs. La carrata était une unité
de mesure d’environ 850 Kg, correspondant à
la quantité maximale qu’une paire de bœufs
pouvait transporter. Comme on le voit dans certains documents
originaux retrouvés par les historiens, il y avait
à Carrare, déjà au XVe siècle,
et d’ailleurs pendant toute la Renaissance et la
période classique, une corporation de marbriers
bien organisée.
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