» Un Eco
pétri de souvenirs
Propos recueillis par Rocco Femia
(traduction
de l’italien par Adeline Pinet)
L’auteur italien le plus connu à l’étranger
nous révèle les dessous et les souvenirs
de son enfance dans son dernier ouvrage “La mystérieuse
flamme de la reine Loana” qui vient d’être
publié en France.
Écrivain, sémiologue, traducteur
mais avant tout professeur, Umberto Eco est sûrement
l’intellectuel le plus célèbre d’Italie
et l’un des plus éclectiques. Derrière
son air rusé et jovial, qu’il tient de Bologne,
se cache un esprit toujours en mouvement. Eco est aussi,
et cela peu de gens le savent, flûtiste et collectionneur
averti de livres anciens, auteur de télévision
et consultant éditorial. Ses anciens camarades
d’école se souviennent de lui lorsqu’il
faisait du théâtre et qu’il jouait
même le rôle de la Vierge. Le narrateur passionnant
du roman Le nom de la rose est dans la vie de tous les
jours un professeur universitaire rigoureux, tenu par
le sens du devoir, comme tout Piémontais qui se
respecte. En effet, Eco est né à Alessandria,
non loin de Milan, et bien avant de connaître son
épouse Renate, il tomba amoureux de la sémiotique,
la discipline qui enseigne les signes, en résumé
l’art de communiquer. Eco lui a consacré
toute sa vie universitaire et peu de gens savent que c’est
lui qui, dans les années 60, fournit aux Italiens
la clé pour interpréter les effets culturels
et sociaux du boum économique. Il l’a fait
en analysant les romans policiers, les revues et les bandes
dessinées qu’il achetait avec frénesie
pendant son enfance à Alessandria. Certains essais
comme « Apocalittici e integrati » (« Apocalyptiques
et intégrés »), publié
en 1964 ou « Il superuomo di massa »
publié en 1976 (« De Superman au surhomme »),
peuvent sembler d’un abord difficile, mais une chose
est certaine : Eco passe avec une désinvolture
extrême de l’érudition au ton quotidien,
de Superman à saint Thomas d’Aquin, de Kant
à l’ornithorynque. Il en fournit une fois
de plus la preuve dans son dernier roman, La mystérieuse
flamme de la reine Loana, publié par Grasset. Cette
fois, l’écrivain se décrit lui-même
alors qu’il était un enfant vêtu de
l’uniforme fasciste de l’ONB (Opera Nazionale
Balilla, organisation fasciste réservée
aux enfants de huit à quatorze ans). Né
en 1932, Eco appartient à cette génération
qui dévorait les bandes dessinées américaines
et chantait des hymnes à la louange du Duce. Une
génération partagée entre les devoirs
d’école exaltant la patrie et les aventures
de Flash Gordon. Ce roman est dédié au temps,
à la mémoire et, au fil des pages, on finit
par revivre l’histoire d’Italie de ces soixante
dernières années.
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