» Les femmes dans
l’immigration italienne
Le cas du bassin de Longwy-Villerupt
(fin du XIXe siècle
- début des années 60)
Par Claire Villaume Canfora
La place des femmes dans l’émigration/ immigration
italienne ? Fondamentale, ça va de soi ! Oui, mais voilà
une de ces vérités toujours bonnes à dire
et à redire. Trop souvent oubliées des études
sur le sujet ou présentes « en creux » alors
qu’on généralise l’expérience
masculine de la migration, les femmes émigrées
ont pourtant joué un rôle bien spécifique.
L’étude de la place et du rôle
des femmes dans l’immigration et l’intégration
des immigrés italiens a souvent été négligée
par la plupart des chercheurs. Beaucoup d’ouvrages font
référence aux nombreuses contributions apportées
par les immigrées italiennes, ainsi qu’à
leurs difficiles conditions de vie, mais ne poussent pas l’analyse
au-delà de ces simples constatations. Francesca Massarotto-Raouik
parle, en effet, d’emigrazione invisibile. Or, cette omission
constitue un biais considérable par rapport à
ce qu’a été la réalité. Ces
considérations m’ont poussée, il y a une
dizaine d’années, à effectuer des recherches
sur le vécu des immigrées italiennes, en me basant
sur les témoignages directs ou indirects des acteurs
et actrices de cette immigration. Dans le cadre d’une
étude plus large sur le rôle de la famille dans
l’intégration des immigrés italiens du bassin
de Longwy-Villerupt, j’ai essayé de montrer que
la femme italienne a été un maillon indispensable
à la cohésion de la famille et à son insertion
dans la société française : « Maman,
comme toutes les mères latines était le pilier
de la maison » (Angela Simons).
Les interviews ont été réalisées
dans un espace géographiquement limité, à
savoir le nord de la Meurthe-et-Moselle, à la frontière
avec la Belgique et le Luxembourg. Cependant, les résultats
de cette recherche peuvent être étendus à
d’autres régions françaises, qui ont connu
un niveau semblable de concentration d’immigrés
italiens. En effet, les réactions, qui ont suivi la publication
de cette étude sur les immigrés italiens du bassin
de Longwy-Villerupt, confirment bien que cette histoire spécifique
concerne également d’autres populations italiennes
en France. Mon père, coauteur du livre, et moi avons
reçu de nombreuses lettres d’immigrés italiens,
envoyées des quatre coins de la France, dans lesquelles
leurs auteurs nous expliquaient qu’ils retrouvaient leur
histoire personnelle à travers les témoignages
transcrits dans le livre.
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