» 1948-1958: de
la reconstruction au début du miracle économique
Par Eric Vial
Professeur d’Histoire Contemporaine à l’Université Pierre Mendes
France (Grenoble 2)
Chiusa la pagina del fascismo, l’Italia è di
fronte alla ricostruzione. Anni difficili di ricerche di equilibri
politici, ma anche un periodo florido che lancia la stagione
del ‘miracolo italiano’.
Chef du gouvernement depuis 1945, Alcide De
Gasperi veut convertir à la démocratie les élites
traditionnelles qui s’étaient accommodées
du fascisme, et assurer l’hégémonie de son
parti, la Démocratie chrétienne (DC). Il gouverne
pour l’heure avec les socialistes et les communistes du
PSI et du PCI. Cette unité antifasciste héritée
de la Résistance déplaît à la Curie,
aux milieux d’affaires, aux États-Unis, et à
tout un électorat dit modéré — surtout
méridional —, que des scrutins locaux montrent
prêt à appuyer les libéraux conservateurs,
les nostalgiques du Duce ou le parti de « l’homme
quelconque » agressivement apolitique. Cette mouvance,
si elle recevait l’appui du Vatican, laminerait la DC
et entraînerait un affrontement entre Nord et Sud comme
entre groupes sociaux. Une rupture est donc nécessaire,
mais seulement après avoir fait accepter la dureté
du traité de paix (désarmement, perte des colonies,
annexions par la France et surtout la Yougoslavie) et l’inscription
du concordat de 1929 dans la constitution, puis fait adopter
celle-ci à une majorité si large qu’elle
soit indiscutable. Chef du PCI, Palmiro Togliatti se prête
au jeu pour ne pas froisser les masses catholiques et donner
une légitimité nationale à son parti. Par
ailleurs, De Gasperi a besoin d’alliés laïcs
pour assurer l’autonomie de la DC face à l’Église
et servir de contrepoids extérieur à ses ailes
gauche et droite, et parmi ces alliés, il lui faut un
parti de gauche en plus des républicains du PRI, pour
contrebalancer et les libéraux du PLI, et le «
parti » des épargnants et du patronat. Il le trouve
début 1947, quand 50 des 115 députés du
PSI, refusant l’alignement sur le PCI, font scission autour
de Giuseppe Saragat et créent un parti social-démocrate.
Ainsi, toutes les conditions sont remplies. Le 12 mai 1947 est
formé un gouvernement monocolore démocrate-chrétien,
avec quelques indépendants comme l’économiste
libéral Luigi Einaudi. Fort de la confiance des chefs
d’entreprise et de l’aide américaine, il
réussit à contenir l’inflation. Il bénéficie
aussi d’une reconstruction rapide, car les usines ont
été bien moins touchées par la guerre que
les routes ou les rails, essentiels mais plus faciles à
remettre en état.
Par ailleurs, la constitution est adoptée fin 1947 par
453 voix contre 62. Elle instaure un régime parlementaire
bicaméral classique, sur un modèle anglais ou
français, avec un président sans grand pouvoir
élu par les Chambres. Elle insiste sur les libertés
individuelles, prévoit une régionalisation et
l’intervention directe des citoyens par le référendum
abrogatif d’initiative populaire, mais contient aussi
les bases d’une démocratie sociale « fondée
sur le travail » où l’État peut intervenir
dans l’économie. Très en avance sur son
temps, elle parle même de tutelle de l’environnement.
Elle est complétée par une loi électorale
instaurant le scrutin proportionnel, pour que chacun se sente
représenté. Mais elle n’annule pas la législation
fasciste, et son application dépend de lois qui souvent
ne sont votées que bien plus tard, quand elles le sont.
Reste que son vote est la dernière manifestation de l’unité
de la Résistance, plus de saison en période de
guerre froide.
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