» Lucca: ville
de marchands
Par Flavio Apriglianese
Une ville qui mérite vraiment une visite, non seulement
pour son patrimoine monumental, mais aussi pour son histoire
particulière car elle fit partie des rares territoires
à ne pas tomber sous la domination des Médicis.
Lucca est une île : il faut toujours
garder en mémoire cette donnée spécifique
quand on franchit l’une de ses portes d’entrée
pour rejoindre le centre historique. C’est une île
du point de vue urbanistique car elle est entourée d’une
robuste enceinte intacte du XVIIe siècle qui la sépare
physiquement du territoire environnant. Elle l’est aussi
par son histoire, celle d’une république aristocratique
restée indépendante pendant près de sept
siècles. Instituée commune par Frédéric
1er Barberousse en 1161, Lucca fut, à l’exception
de quelques brèves périodes de domination par
la ville haïe de Pise, l’une des rares zones du territoire
toscan à ne pas tomber sous la domination des Médicis
; seul Napoléon mettra fin à l’indépendance
de la cité en confiant ce nouveau duché à
sa sœur Elisa. Aujourd’hui, la mentalité des
habitants de Lucca diffère de celle des autres Toscans,
plus fermée et introvertie, plus aimable et moins rustre,
plus modérée : ce n’est pas par hasard si
Lucca est toujours restée une île « blanche
», démocrate-chrétienne, par opposition
au reste de la Toscane « rouge ».
Mais pendant des siècles, des familles entières
de marchands sont parties de cette île - comme de toutes
les autres îles – pour aller dans le monde entier,
exportant des produits exceptionnels, symboles de cet art dont
les habitants de Lucca sont passés maîtres : la
teinture et le tissage de la soie. Les tisseurs de Lucca étaient
demandés dans toute l’Europe et, aujourd’hui
encore, un bout de filaticcio, la filoselle, bourre de soie
mélangée à du coton, est sûrement
l’un des meilleurs achats qu’un touriste puisse
faire à Lucca. La ville grandit donc en richesse et en
beauté : les magasins prospéraient et l’oligarchie
marchande qui gouvernait fit de cet art le symbole de son pouvoir.
Le meilleur exemple est celui de la famille des Guinigi, dont
le représentant le plus connu, Paolo Guinigi, fut de
1400 à 1430 le maître absolu de la ville et contribua
grandement à en améliorer l’économie
et l’urbanisme. Mais accusé de tyrannie à
la fin de sa vie, il fut enfermé jusqu’à
sa mort dans la forteresse de Pavie.
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