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Radici d'Italia

» Une « Petite Italie » au Luxembourg: Dudelange
Par Marcel Lorenzini
À ville industrielle, quartier ouvrier, quartier immigré. L’équation se retrouve souvent, comme à Dudelange, cité située au sud du Luxembourg. Des Italiens ont habité le quartier dès la fin du XIXe siècle, le marquant à jamais de leur empreinte. Même si leurs descendants ont depuis poursuivi leur route, d’autres populations étrangères sont venues prendre leur suite. D’où le projet de sauvegarder aujourd’hui le témoignage urbain de ces brassages successifs.

Le quartier de la « Petite Italie » fait partie d’une ville de l’ancien bassin sidérurgique du Luxembourg : Dudelange, surnommée jadis avec fierté « la forge du Sud ». Celle-ci a environ 17 000 habitants à l’heure actuelle, dont près d’un tiers d’étrangers – Rappelons que le Grand Duché dans sa totalité ne compte que 435 000 habitants, dont 36 % ne sont pas Luxembourgeois. Le quartier de la « Petite Italie » proprement dit regroupe une centaine de maisons, tassées autour de deux ruelles et d’étroites venelles accessibles aux seuls piétons, reliées entre elles par des escaliers volants et des passages souterrains. Construit à flanc de colline, étagé sur plusieurs niveaux et faisant face au Midi, on dirait un peu un village de montagne. C’est avec l’industrialisation du bassin lorrain, dont une des extrémités atteint le territoire grand-ducal, que naît, vers la fin du XIXe siècle, cet ensemble d’habitations d’ouvriers et d’immigrés. Coincées entre exploitations minières et usine – la première usine sidérurgique intégrée du Luxembourg avec hauts fourneaux plus aciérie et laminoirs – ces maisons se construisent « sur le tas », sans plan, afin de caser dans les plus brefs délais une marée d’hommes qui s’installent en quelques années dans la région. Car la transformation d’une société rurale en foyer d’industrialisation s’effectue ici en un temps record. C’est l’invention du procédé Thomas-Gilchrist qui, en autorisant la transformation de la fonte phosphoreuse en acier de qualité, a apporté la prospérité.
La population dudelandoige double donc entre 1880 et 1890 et triple jusqu’en 1900. Des ouvriers plus ou moins qualifiés viennent de France, d’Allemagne et de Belgique, les Italiens fournissant la masse de main-d’œuvre non qualifiée nécessaire aux travaux les plus durs : terrassement, extraction du minerai, alimentation des hauts fourneaux. En 1910, plus de 2 000 Italiens résident dans la ville et le quartier est peuplé presqu’exclusivement par eux. Il s’agit au début d’une population surtout masculine, de jeunes hommes déracinés, célibataires, costauds bien sûr et généralement peu instruits. Tout un réseau d’institutions « ethniques » se met bientôt en place : une société de secours mutuel, un club de foot, une fanfare - la Fratellanza - des groupes de théâtre et divers magasins de produits du pays. Ils accompagnent une vie sociale très intense. De nombreux établissements servent de lieu de rencontre, de retrouvailles, de rixes, de conspiration politique… tel le café-restaurant Rossi, objet d’attraction et de dépaysement pour les gens du coin. Pour la bonne population luxembourgeoise, ce quartier gardera toujours un air exotique, voire inquiétant : l’on s’y aventure le dimanche et en groupe, pour s’installer dans un des inombrables cafés, écouter ces parlers si étranges, pour danser et s’amuser… tout en gardant ses distances.

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