» Si les
pâtes m’étaient contées...
Par Valentina Tesi
Les pâtes
auront toujours des histoires à raconter. Aujourd’hui,
nous nous arrêtons à Bologne, pour sa sauce
bien sûr, mais aussi pour ses tortellinis et autres
pâtes typiques.
« Vous voulez parler avec les
fabricantes de pâtes ? Allez-y, allez-y, parce
que si jamais elles apparaissent dans le journal, elles
finiront bien par trouver un fiancé… Les
voici mes belles dames… ». Monsieur Costante,
fabricant réputé de Bologne qui tient la
boutique Pane-Pasta Fresca, à deux pas de la Piazza
Maggiore, ironise joyeusement sur ses employées.
Ida, Angela et une de ses parentes regardent, souriantes
et prêtes à faire la pause, tout en finissant
de préparer une pâte farcie qu’elles
roulent habilement entre leurs doigts et transforment
en tortellini. Il y a celle qui prépare la farce,
celle qui tire la pâte, et une autre qui remplit
les petits carrés avec la viande… « D’où
venez-vous, de France ? Oh mon Dieu, de si loin…
Mais il y a de beaux garçons là-bas ? »
Les femmes plaisantent, intriguées par la visite,
tandis que Monsieur Costante se fait tout à coup
plus sérieux et commence à raconter la légende
des tortellinis, produit typiquement local. « Le
tortellini s’est appelé aussi nombril de
Vénus. Et, si l’on regarde bien, on remarque
une certaine ressemblance… D’après
la légende, Venus, expulsée des cieux se
serait réfugiée dans une auberge de Bologne.
L’aubergiste, quelque peu concupiscent, l’aurait
épiée par le trou de la serrure avant d’aller
inventer des pâtes de la forme de son nombril :
les tortellinis ». Très belle histoire, mais
sera-t-elle vraie ? Monsieur Costante me regarde
avec des yeux malicieux et raconte immédiatement
une autre version, peut-être plus proche de la réalité.
« En réalité, les tortellinis
sont nés comme étant d’abord la nourriture
des domestiques, qui inventèrent cette pitance
avec les restes des plats des riches, avec lesquelles
on faisait la farce, au temps des castes seigneuriales,
au Moyen-Âge tardif. Et puis, on ne sait comment,
les seigneurs les goûtèrent, et comme ils
les trouvèrent délicieux, ils apprirent
alors à les fabriquer eux-mêmes encore mieux.
Personne, en aucun cas, ne peut prouver que la légende
qui plaît tant aux touristes ne soit pas vraie…
De plus, il existe une autre légende qui remonte
aux croisades. On raconte que les tortellinis ont été
créés en 1095 par un cuisinier qui voulait
manifester sa reconnaissance aux croisés bolonais.
Il prépara une pâte avec une farce de viande
et il la fit sécher, de façon à ce
que les valeureux chevaliers puissent emporter avec eux
ce savoureux souvenir de leur terre. Au fond, il est normal
que plusieurs croyances aient circulé, et les Bolonais
aiment tellement les tortellinis que, c’est d’ailleurs
difficile à croire, le premier Mc Donald de Bologne,
pour être compétitif, a été
obligé d’en servir lui aussi ».
Mais ce sont nos sympathiques fabricantes de pâtes
qui nous révèlent les secrets de la meilleure
recette. « Avant tout, ce sont les ingrédients
qui sont très importants », explique
Ida, la femme de Monsieur Costante. « Une bonne
farce doit contenir de la viande de porc, du jambon de
Parme, de la saucisse et de la mortadelle de Bologne,
ainsi que du Parmesan Reggiano bien affiné pour
donner du goût. La pâte est ensuite préparée
à la maison, en incorporant les œufs à
la farine et en la pétrissant pendant une dizaine
de minutes. On doit laisser reposer environ un quart d’heure,
puis la pâte est étendue à la main
avec le rouleau à pâtisserie, pas avec la
machine, sur une table en bois. C’est un travail
dur qui demande de la patience et de l’habileté,
exécuté par une femme appelée sfoglina,
précise-t-elle, tout en montrant comment on fait,
en utilisant le rouleau. « Vous voyez, il faut
que la pâte devienne une feuille circulaire et mince,
en utilisant la partie ronde du rouleau. C’est seulement
là qu’elle est prête pour être
coupée en petits carrés, remplie de farce
et pliée en tortellini ».
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