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Radici d'Italia

» Italie cherche bébés désespérément
Par Paolo Lòriga
La crise économique met en évidence un problème structurel : le renouvellement générationnel est déficitaire. La population diminue et vieillit. Ceci semble inéluctable. Mais d’autres pays européens, la France en tête, ont renversé la tendance.

En 2030, la population italienne aura diminué, par rapport à aujourd’hui, de 8 millions de personnes. À moins que n’arrivent des personnes de l’extérieur. Aux alentours de 2025, les Italiens de 20 à 40 ans – c’est-à-dire la tranche des citadins les plus créatifs productifs et tournés vers la nouveauté et la modernité – passera de 17 à 11 millions.
La tranche des plus jeunes (0 à 14 ans) passera du chiffre actuel de 14, 4 % à 11,6 % vers 2030. En 20 ans, le nombre des personnes de plus de 65 ans augmentera de 27 à 37% par rapport à l’ensemble de la population active. Même si le marché de l’emploi reste stable, nous perdrons 2 millions de postes de travail d’ici 2025. Restons en là. Il y a suffisamment d’éléments pour comprendre l’importance du phénomène en cours. Pourtant, le sujet est pratiquement tabou. Entre personnes bien élevées, il n’est pas opportun de parler de crise démographique. Tout au plus, on se contente de faire le constat du phénomène en cours. Mais il est mal venu de faire des commentaires ou, pire encore, d’émettre des hypothèses sur des mesures définitives. La dénatalité continue à être considérée par les mentalités dominantes comme un des traits caractéristiques d’une société avancée. De sorte que le sujet lui-même est relégué au seul cercle des spécialistes, et ne connaît pas une retombée médiatique conséquente.
Et puis survient le désastre. Arrive alors la crise économique dans laquelle nous nous débattons, le pays collectionne les défaites sur le plan de la compétitivité internationale (et ce même dans le domaine de la Formule 1 et du Football) et les problèmes structurels sont mis à nu. Et en voici l’un d’entre eux : toujours moins de jeunes, toujours plus de vieux (avec tout le respect et la reconnaissance que nous leur devons). Pour les démographes, qui sont les oubliés de la branche, nous sommes désormais face à une véritable émergence nationale. Les économistes les plus avertis ont fait remarquer à nouveau que le poids économique du vieillissement de la population risque de tous nous ruiner. Le reste, ils le laissent sous-entendre, parce que c’est un sujet de conflit politique.
Tout ceci signifie que soit, nous favorisons très rapidement la naissance d’un grand nombre d’Italiens, soit nous devons ouvrir nos portes à de nombreuses familles d’immigrants. Autrement, l’actuel système de sécurité sociale explose. « Nous réfléchissons peu à l’inquiétant déclin démographique actuel, nous raisonnons avec beaucoup de difficulté et nous cherchons à mettre ce problème de côté », déclare en toute honnêteté Savino Pezzotta, secrétaire général de la CISL (la Confédération Italienne du Syndicat des Travailleurs). La raison est vite exprimée : « Cela nous oblige nous aussi, membres du syndicat, à changer, ce qui engendre toujours une grande peur ».
Les jeunes industriels montrent eux aussi leur inquiétude. Annamaria Artoni, qui en était la présidente deux mois auparavant, déclarait : « L’Italie est une pyramide renversée, avec les personnes âgées en plus grand nombre que les jeunes. Ainsi, on n’investit pas pour les nouvelles générations. Et les jeunes mamans sont pénalisées. Il manque, par exemple, 30 000 places dans les crèches ».
Nous sommes le pays qui vieillit le plus vite, dans le cadre d’un continent où le taux de natalité est le plus bas de la planète. C’est un bien triste record que nous avons gagné. Seules l’Espagne et la Grèce nous concurrencent.
Pourtant, il semble que la crise démographique soit perçue comme un phénomène inéluctable, par les dirigeants italiens de ces dernières décennies ; une calamité à laquelle il faut se résigner fatalement, parce qu’il est impossible d’aller à l’encontre d’un destin cynique qui a touché l’Italie. Les mesures prises par les différents gouvernements n’ont toujours eu qu’une portée limitée et ont été privées d’une stratégie efficace.

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