» "Passion
d’Italie":
Le festival du film de Villerupt
Par Marie-Louise Antenucci
Le Festival du film
italien de Villerupt entame cette saison sa 28e édition
(du 28 octobre au 13 novembre 2005). Connu de tous les passionnés
du cinéma de la Péninsule, il témoigne
de l’héritage italien d’une ex-cité
minière qui a su transformer l’immigration en trésor
culturel.
De la cité ouvrière…au
cinéma transalpin
Le festival d’aujourd’hui s’enracine dans
la présence plus que centenaire des Italiens dans la
ville, ces immigrés qui ont accompagné le développement
industriel de la Lorraine. Villerupt commence en effet à
se développer dans les années 1860-1880 quand
plusieurs facteurs se conjuguent : formation d’une Société
des forges de Villerupt (dès 1866), découverte
de nouvelles techniques d’exploitation du minerai pour
la fabrication de l’acier à partir de fontes riches
en phosphore (procédé Thomas-Gilchrist en 1876),
mise en place de lignes de chemins de fer pour relier Longwy
(1878, 1881). Les « maîtres de forges » –
ainsi sont appelés les propriétaires de forges
du secteur – ont dès lors besoin de main-d’œuvre
pour l’extraction du minerai de fer, puis sa transformation
en fonte dans les usines. Or Villerupt est un village où
le recrutement de personnel pose problème.
Où trouver de nouveaux bras ? Il y a d’abord les
ouvriers frontaliers : Luxembourgeois, Belges, Allemands. Mais,
ceux-ci ne suffisent pas. Dans les années 1880-1890,
mandatés par les « maîtres de forges »,
des agents recruteurs en quête de main-d’œuvre
sillonnent d’autres pays d’Europe : Italie, régions
de l’est de l’Empire allemand. Les chantiers des
tunnels en Suisse, les transformations des grandes villes allemandes
et françaises sont des aubaines pour ces agents. Dans
les gares de Lyon, Nancy, Metz, Strasbourg, ils embauchent des
ouvriers originaires du Nord et du centre de l’Italie
: Piémont, Lombardie, Vénétie, Frioul,
Marches, Ombrie. Ce sont souvent des hommes célibataires.
Entre 1919 et 1940, par les liens familiaux, d’autres
arrivent, accompagnés de femmes, d’enfants. En
1931, sur plus de 11 000 habitants, il y a 6 700 étrangers,
soit 60 % de la population ! La ville compte une vingtaine de
nationalités : outre les frontaliers, on recense des
citoyens « russes », yougoslaves, tchécoslovaques.
Après 1945, toutes les régions de la Péninsule
sont représentées, avec une plus forte affirmation
de l’Italie méridionale : Abruzzes, Calabre, Pouilles,
Sicile, Sardaigne. Dans la vie de la commune, cette présence
a des conséquences dans d’autres domaines que le
travail : les associations culturelles, sportives, les constructions
d’écoles, la vie politique, le monde syndical…
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