» L’affaire
Moro
Par Philippe Foro
Le 16 mars 1978,
l’Italie s’apprête à vivre une journée
historique sur le plan parlementaire. Les députés
communistes vont voter l’investiture du 4e gouvernement
Andreotti, étape importante dans le processus politique
du compromis historique initié entre la Démocratie
chrétienne et le Parti communiste. Ce matin-là,
Aldo Moro, principal protagoniste démocrate-chrétien
de cette étape politique, quitte son appartement du quartier
Monte Mario en compagnie de ses cinq gardes du corps. Arrivée
via Fani, la voiture est attaquée, les cinq gardes du
corps tués, Moro enlevé. L’action est revendiquée
par les Brigades rouges. L’affaire Moro débute.
La personnalité de la victime et le contexte
politique ne sont pas mineurs. Né en 1916 dans la province
de Lecce, Aldo Moro préside la Fédération
universitaire catholique de 1939 à 1942. Jeune professeur
de droit, il est élu député démocrate-chrétien
de Bari à la Constituante, en 1946. Il participe activement
aux travaux pour la Constitution. À nouveau élu
en 1948, il conserve son siège par la suite. Sous-secrétaire
d’État aux Affaires étrangères de
mai 1948 à janvier 1950, Moro entame une grande carrière
politique : président du groupe parlementaire démocrate-chrétien
en 1953, ministre de la Justice en 1955-1957, de l’Instruction
Publique en 1957-1959, il devient secrétaire général
de la Démocratie chrétienne le 16 mars 1959. Finalisant
le rapprochement avec les socialistes, il préside des
gouvernements de centre-gauche de décembre 1963 à
juin 1968. Ministre des Affaires étrangères d’août
1969 à octobre 1974, il revient au palais Chigi, siège
de la présidence du Conseil, de novembre 1974 à
juin 1976. Il est élu, le 14 octobre 1976, président
de la Démocratie chrétienne. Pendant vingt ans,
les Italiens se sont familiarisés avec cette silhouette
longiligne, ce visage placide, parfois barré d’un
demi-sourire qui donnait à Moro un air de détachement
et de distance. C’est donc à une personnalité
majeure de la vie politique italienne que se sont attaquées
les Brigades rouges.
Le contexte est lui aussi fort important. L’Italie des
années 1970 traverse la période des années
de plomb et de la stratégie de la tension. La démocratie
italienne subit les assauts de groupes d’extrême-droite,
sans doute infiltrés et soutenus par des membres des
services secrets italiens et de l’OTAN qui veulent s’opposer
par tous les moyens à la montée vers le pouvoir
de la gauche italienne et aux désordres qui secouent
la société italienne à la suite des manifestations
étudiantes des années 1967-1969 et des troubles
sociaux de “ l’automne chaud ” de 1969. En
favorisant le terreur, ils espèrent déstabiliser
l’État et aboutir à la proclamation de l’état
de siège. L’attentat de la piazza Fontana en décembre
1969, la tentative de coup d’État du prince Valerio
Borghese en décembre 1970, la bombe du train Italicus
en juillet 1974 et le terrible attentat de la gare de Bologne
début août 1980 ponctuent tragiquement cette stratégie
de la tension.
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