» “Venga
Dottore, da questa parte…”
Par Rocco Femia
Savants, docteurs,
jeunes docteurs… L’inflation du titre en Italie
est telle que beaucoup désirent à tout prix posséder
ce titre par n’importe quel chemin. La question est de
savoir si c’est le titre qui mène au succès
ou bien le contraire.
Nous Italiens, sommes un peuple de docteurs,
nous l’avons toujours été. « Venez
Monsieur le docteur, par ici » était la phrase
typique des gardiens de parking du temps d’Alberto Sordi,
avant l’arrivée des parcmètres. Aujourd’hui
encore, nous le sommes plus que jamais et la formule de politesse
ne nous suffit plus, nous voulons le « bout de papier
» à tout prix.
Le sens des études a complètement basculé
: l’obtention du diplôme italien « la laurea
» (équivalent de la maîtrise) n’est
plus le gage pour débuter une carrière, ou plutôt
elle sert peu à cela, mais elle représente davantage
la récompense du succès obtenu. Peu importe comment
on l’obtient, on veut juste exhiber son titre sur une
carte de visite et, s’il est écrit en anglais,
c’est encore mieux.
Pourtant, peu de personnes se doutent que beaucoup de degrees
acquis par correspondance de la part d’universités
américaines aux noms ronflants, n’ont au fond,
aucune valeur légale en Italie, et qu’un doctor
provenant de l’Université de Clayton (pour citer
quelques noms, le financier romain Ricucci ou les actrices Anna
Falchi et Mariagrazia Cucinotta) n’a pas un curriculum
tout à fait comparable à ceux d’Harvard
ou Yale. Peut-être que quelqu’un peut avoir des
soupçons vis-à-vis de l’Université
d’Honolulu (y enseigne-t-on le surf ?), mais l’Université
Adam Smith, spécialisée en business et économie,
et dont le siège se situe à Hawaï, ne sonne
pas si mal.
Ainsi, nombreux sont les managers confirmés qui dépensent
des sommes énormes, de 10 à 12 000 euros pour
se donner la peine d’étudier (un minimum) par correspondance
et obtenir un titre dont ils n’ont strictement pas besoin,
mais qu’ils ont toujours désiré. Vanité
? Pas uniquement, peut-être est-ce le désir de
s’auto-récompenser pour tout ce qui a été
fait jusqu’à maintenant, avec une reconnaissance
que d’autres reçoivent comme cela, sans effort,
ad honorem (de celui qui le décerne ou de celui qui le
reçoit ?), d’universités de grand prestige.
Eh bien oui, c’est bien cela, parce que les grands professeurs
qui font la grimace lorsqu’ils entendent parler d’open
university, distribuent ces derniers temps des parchemins, dans
un déploiement de toges et de bises académiques,
à des personnages qui ont acquis leur popularité
bien loin des amphithéâtres universitaires. Et
nous ne parlons pas uniquement des deux Rossi illustres (le
chanteur Vasco et le motocycliste Valentino) ou de Franco Califano,
« le Prévert » du Trastevere. Eux, au fond,
ont reçu une seule laurea. Tout comme le Président
de la République Carlo Azeglio Ciampi, le président
du Sénat, Marcello Pera, le cardinal Carlo Maria Martini,
le ministre des Biens et des Affaires culturelles Rocco Buttiglione,
le président de Confindustria, de Ferrari, et de Fiat
Luca di Montezemolo. Umberto Eco en collectionne quant à
lui trente-trois, le journaliste Piero Angela six, le prix Nobel
Dario Fo au moins trois, et Riccardo Muti a perdu le compte.
Qu’est ce qui vaut le plus : la qualité ou la quantité
?
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