» Les années de
plomb (1969-1980)
Par Philippe Foro
La décennie
1970, prise au sens large, correspond à une période
sombre pour l’Italie. Le climat politique instable, et
la stratégie de la tension engagée par les anti-communistes
dans un premier temps, puis par des groupes d’extrême
gauche ensuite, paralyse la démocratie italienne. Le
pays trouvera une voie de sortie grâce à l’action
de deux hommes, Enrico Berlinguer et Aldo
Moro, qui sera vite assombrie par la mort de ce dernier,
enlevé puis tué par les Brigades rouges.
Les expressions de “stratégie de
la tension” et “années de plomb” ne
sont pas des expressions emphatiques qui auraient été
utilisées par facilité. Elles correspondent à
la décennie 1970 prise au sens large (de 1969 à
1980), entre deux attentats, celui de la piazza Fontana et celui
de la gare de Bologne. Éclairer cette période
tragique de l’histoire italienne oblige à analyser,
au moins pour le court terme, la fin des années 1960.
Les universités italiennes, qui ont connu une explosion
des effectifs, sont en effervescence. Beaucoup sont occupées
et deviennent des lieux de contestations multiples : contre
l’impérialisme américain dans la guerre
du Viêt-Nam, contre les valeurs traitées de “bourgeoises”
de la société occidentale et que l’État
démocrate-chrétien leur semble être le défenseur
en Italie. Les groupes d’extrême-gauche (Potere
operaio, Lotta continua, Brigate rosse…) se multiplient
et s’organisent à la fin des années 60 et
au début des années 70, se heurtant régulièrement
aux forces de l’ordre, souvent de manière spectaculaire
comme à Valle Giulia, à Rome, le 1er mars 1969.
Parallèlement, l’Italie est secouée par
des luttes sociales, en particulier lors de “l’automne
chaud” de 1969. Cette période correspond également
à une importante progression électorale du PCI.
De 25,3 % aux législatives de 1963, ce dernier passe
à 26,9 % et atteint 34,4 % en 1976, score jamais atteint
par un Parti communiste dans un pays d’Europe occidentale.
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