» Berlusconon
ou de Sabina Guzzanti
Propos recueillis par Marion Deltheil
Le film-documentaire
qui a fait parler de lui à la rentrée dernière
en Italie est toujours à l’affiche. VIVA
ZAPATERO! vient de sortir en France et dans d’autres
pays d’Europe. Sa réalisatrice, Sabina Guzzanti,
explique a Radici
pourquoi elle a voulu ce film.
En novembre 2003 votre programme
RaiOT malgré son heure tardive de diffusion (23h30)
obtient une audience exceptionnelle (2 millions de téléspectateurs).
Aussitôt après la première émission,
le directeur de la RAI3 vous annonce que l’émission
ne sera « plus jamais » diffusée. À
ce moment-là, quelle a été votre
réaction ?
Il y a eu immédiatement un mouvement très
fort de soutien dans l’opinion publique et, bien
sûr, cela m’a fait vraiment plaisir. Le plus
dur a été de voir que certains journaux,
qui auraient dû défendre la liberté
d’expression, se sont mis au contraire à
chercher des excuses à cette censure. Ce qui m’a
le plus révoltée c’était le
fait de ne pas pouvoir répondre aux mensonges et
aux calomnies qui ont rempli les pages des quotidiens
et de certaines émissions puisque j’étais
interdite d’antenne.
D’où l’idée
d’un film ?
Oui, j’ai eu cette idée quand la justice
a déclaré le procès contre RaiOT
dénué de fondement. Je ne voulais pas que
cela s’arrête, je voulais que justice soit
faite. Et c’est comme ça que « Viva
Zapatero ! » est devenu un film sur la censure et
la liberté où d’autres voix de personnages
censurés se sont mêlées, comme celles
de Dario Fo, Michele Santoro, Enzo Biagi ainsi que des
directeurs de journaux qui interviennent sur le thème
de la liberté d’expression.
Pourquoi ce titre ?
Zapatero à peine arrivé au pouvoir en Espagne
a fait ce qu’il avait promis : il a retiré
les troupes stationnées en Irak, il a fait en sorte
que l’information soit soustraite au contrôle
des politiques, en résumé il a fait ce pourquoi
il a été élu. Cela n’est jamais
arrivé en Italie. Le titre est une forme de provocation
parce que Zapatero est un cauchemar même pour la
gauche italienne, qui a peur que les électeurs
italiens exigent d’elle la même cohérence.
Vous dites dans le film: «je
ne suis qu’un bouffon, et je n’ai fait que
mon devoir»… Que voulez-vous dire ?
Je suis un jongleur, un bouffon, c’est mon métier.
Mon travail, c’est la satire, je dis ce que je pense
et je fais rire. Je ne veux pas faire de politique, je
veux seulement faire mon métier. Je ne défends
que des principes, sans être au service d’aucun
parti. Mon propos consiste seulement à défendre
la liberté d’expression dans mon pays, c’est-à-dire
la liberté qui est à la base de la démocratie.
En regardant votre film on
a l’impression que les politiciens italiens sont
tous les mêmes…
C’est vrai. La morale du film est que la liberté
d’expression connaît une phase de régression
sans précédent, quand on remarque que les
politiciens sont pour la plupart en train de se transformer
en une sorte d’oligarchie. Ils se distinguent de
moins en moins les uns des autres. La différence
entre la gauche et la droite a ainsi tendance à
disparaître, lorsqu’ils concluent entre eux
des accords qui font constamment abstraction des intérêts
de leurs électeurs. C’est la raison pour
laquelle, comme on le voit dans le film, la presse contrôlée
par la gauche se montre hostile à toute critique
qui remet fondamentalement en cause la légitimité
du gouvernement Berlusconi : je crois qu’ils se
sont entendus sur cette question.
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