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Radici d'Italia: Cecilia Bartoli

» Cecilia Bartoli, la « Bella canta »
Propos recueillis par Rocco Femia
En partenariat avec « Les Grands Interprètes » - Toulouse

Cecilia Bartoli ressuscite les trésors oubliés de la musique baroque dans un Opera proibita : des oratorios et des airs de castrats du XVIIIe siècle, quand l’Église ne voulait entendre ni femmes ni opéras.

Parcours unique d’une femme plus italianissima que jamais. Et pourtant c’est étrange que le Belpaese ne l’acclame pas avec la même ferveur trépidante que Paris, New York ou Vienne ! Il est vrai que pour déclencher l’enthousiasme en Italie, il faut s’époumoner dans Verdi et dans Puccini, donner à fond dans le melodramma, dont le nom dit bien ce qu’il est : de la passion, du sang, des larmes. Mais Cecilia est un esprit rebelle : la cuisine qu’elle aime est fine, spirituelle, légère. Crime de lèse-majesté, au pays de la Traviata et de la Bohème !
Née à Rome, mais d’une mère originaire de Parme (la ville de Verdi et de Toscanini et ville de l’opéra par excellence), Cecilia Bartoli est le type même de la belle Romaine, l’œil gourmand et brillant, le verbe toujours généreux, gaie, drôle. Sa mère, Silvana, qui était chanteuse professionnelle, lui apprit à chanter pendant que sa grand-mère devait sans doute lui apprendre l’art des tortellinis. Cela explique une approche de la vie particulièrement épicurienne ! Vous en voulez la preuve ? Sur son dernier album, elle chante des airs que seuls les castrats avaient le droit d’interpréter au XVIIIe siècle. Mais sur la pochette du disque, elle déborde de sensualité, telle une Anita Ekberg dans La Dolce vita de Fellini. D’autant qu’elle ne se contente pas de pêcher en eau connue, mais part à la recherche d’airs rares ou complètement inédits, pour ne pas dire interdits comme c’est le cas de « Opera proibita ». Dans ce disque, on découvre une voix de femme qui s’est approchée des sentiers des hommes, de ces hommes aux voix sublimes qui subjuguaient Casanova et Mozart, Stendhal et Napoléon. Il faut toujours, pour soutenir la comparaison, à la fois surprendre et faire plaisir. Cécilia, acrobate gourmande, a relevé une fois de plus le défi. Une joie qu’elle nous partage dans cette interview à Radici.

RADICI : Un projet ambitieux celui de « Opera proibita » qui voit Rome comme toile de fond et une pochette clairement allusive à la ville éternelle. À propos de la pochette, on ne vous a jamais vue comme ça. On pourrait presque dire que c’est une couverture un peu osée pour une artiste classique. Que vouliez-vous exprimer à travers ce choix ?
CECILIA BARTOLI : C’est une pochette baroque, en mouvement. Le visuel fellinien de La Dolce vita, film que Pasolini voit comme une « fresque baroque », décrit une émancipation des mœurs après la mort de Pie XII, en 1957. J’avais besoin de le visualiser avec una modernité mais en équilibre avec le baroque. Peut-on comparer la Rome baroque à celle d’après la Seconde Guerre mondiale ? À la fin des années 50, Rome recommence à titiller les sens. La jeunesse est à la recherche de sensations fortes. On prétend alors que l’immoralité gagne du terrain et le Pape Pie XII défend les bonnes mœurs. Mais tout comme il y a deux cent cinquante ans avec l’opéra, quelques figures influentes de l’Église demeurent convaincues que La Dolce vita est une œuvre d’art. Il est frappant dans les deux cas, opéra ou cinéma, que le soutien soit venu des rangs de l’Église, en dépit des appels à la censure. Mais l’art, comme dans la pochette du disque, s’apparente à l’eau. On ne peut pas l’arrêter et l’eau trouve toujours un moyen d’arriver à la mer.

Retrouvez la suite de l'article dans Radici!

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