» Eros Ramazzotti
et son « calme apparent »
Par Maurizio Targa
Rencontre avec
cet auteur-compositeur-interprète romain qui part
à la conquête du monde sans oublier ses…racines.
Avec « Calma apparente »,
son dernier CD, sorti à la fin de l’année
2005 en double version, italienne et espagnole, le jour
de son anniversaire, Eros Ramazzotti fête en beauté
ses 42 ans et franchit allègrement le cap des 10
albums en 24 ans de carrière. Succès immédiat
pour l’album qui s’est placé en tête
des hits parades en Italie, en Suisse et en Allemagne,
où il a récemment remporté un disque
de platine, ainsi qu’en Espagne, en Autriche, en
Hollande et dans une bonne partie de l’Europe.
Eros Ramazzotti, est né en 1963 « en périphérie
» de Rome, « où il est plus facile
de rêver que de regarder la réalité
en face », ainsi qu’il le dit dans une de
ses plus célèbres chansons. Son adolescence
n’a pas été simple. Une fois l’école
secondaire achevée, il tente de rentrer au Conservatoire,
mais il n’est pas retenu à l’examen
d’entrée… Il entreprend des études
de comptabilité, mais il n’a que la musique
en tête, et il abandonne en deuxième année.
Il galère un peu, mais en 1984, à 20 ans
à peine, le succès est au rendez-vous, avec
d’abord Terra promessa, puis Una storia importante
et enfin Adesso tu qui lui permet de triompher au festival
de San Remo. Eros a le mérite de garder les pieds
sur terre tout en partant à la conquête du
marché mondial en enregistrant des albums et en
organisant des tournées qui recueillent un grand
succès en Europe et en Amérique du Sud.
La quarantaine est l’âge
des premiers bilans. Si aujourd’hui tu devais en
faire un, en tant qu’homme et artiste, quel serait-il
?
« En considérant à quel point le succès
d’un artiste peut être éphémère,
c’est très gratifiant d’être
arrivé jusque-là avec les résultats
que j’ai obtenus ; surtout si l’on se souvient
qu’à 17 ans, je ne savais pas quoi faire
de ma vie… et c’est encore plus beau de me
rendre compte qu’aujourd’hui encore, à
42 ans, j’ai toujours l’envie de ressentir
de nouvelles émotions et de les transmettre aux
autres ».
Ton nouvel album se trouve
toujours en tête des hits européens. Tu as
vendu des millions de copies dans le monde sans que rien
ne laisse présager une baisse de ta côte
de popularité. Mais comment est né «
Calma apparente », et comment cet album se positionne-t-il
par rapport aux précédents ?
« L’avant-dernier CD, « 9 », est
celui qui est le plus imprégné de «
souffrance » par rapport à mes albums précédents.
Au contraire « Calma apparente » est un pas
en avant, avec une énergie et une joie de vivre
renouvelées, parce qu’on peut et on doit
émerger de certaines périodes, même
les plus compliquées ».
Comme un peintre qui se représente
dans ses tableaux, tu as toujours raconté ta vie
dans tes chansons. Pour quelqu’un d’un peu
introverti comme toi, est-ce plus facile de se confier
de cette manière ?
« Je préfère confier mes émotions
dans les chansons plutôt que de répondre
aux provocations. Dans le single « La nostra vita
», par exemple, j’explique que je veux me
concentrer sur l’avenir pour chercher l’amour
et la sérénité.Voir grandir mes enfants
dans un monde de vérité est un rêve
qui ne mourra jamais ».
« Calma apparente »
est donc un album autobiographique ?
« Oui, même s’il l’est seulement
en partie. Il est ardu aujourd’hui de trouver des
thèmes qui me plaisent et qui sont différents
de ceux que les gens souhaitent, à moins d’aller
vers quelque chose de plus profond et peut-être
de plus universel. Je pense que les gens, dans un monde
qui devient de plus en plus dur, ont envie à travers
mes chansons de se distraire. C’est donc mieux lorsqu’un
texte s’adresse directement à leur cœur
en transmettant une sensation forte ».
Eros, pourquoi le titre «
Calma apparente » ?
« La vie offre un visage d’un calme apparent,
mais il est aussi possible de profiter des moments de
sérénité, sans s’angoisser
sur l’avenir. C’est mon état d’âme
actuel et j’espère qu’il durera longtemps.
Les demi mesures ne sont pourtant pas dans ma nature.
Je ne vis pas pour autant la tête dans les nuages
et je sais parfaitement ce qui se passe autour de moi,
mais j’ai choisi de réagir en prenant le
temps de la réflexion. Avec l’âge,
je suis devenu plus diplomate, je préfère
affronter chaque situation avec calme, parce que je ne
veux pas imiter ceux qui par goût de l’exagération
courent le risque de tout gâcher et de gâcher
les chance de réussite. ».
Le titre « Sta passando novembre »
s’inspire d’un fait-divers, le suicide d’une
jeune fille de vingt ans…
« Oui, il décrit l’oppressant sentiment
d’insatisfaction qui est commun à beaucoup
de jeunes, et qui peut aboutir à un geste extrême.
Il faut avoir la force de passer outre les vicissitudes
de la vie, même les plus sombres et tristes. Les
cicatrices indélébiles qu’elles laissent
en nous ne doivent pas nous abattre, au contraire, elles
doivent renforcer notre caractère ».
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