» Il caffè - forte fortissimo - appassionatamente italiano
Par Antonella Biglietto
Certains l’aiment forte, stretto et espresso, d’autres dolce, lungo et lento, tous l’aiment appassionatamente. Le caffè -précisez bien « con due ff, per favore », c’est-à-dire « à l’italienne » - est cette note noire qui rythme la partition de nos journées, qui donne de l’élan au travail et fait le repos plus intense et savoureux. Il a derrière lui une histoire millénaire et une brillante carrière riche de succès, de joies et de plaisirs. Comme tout grand divo italien, il a su garder, malgré sa célébrité, un naturel simple et généreux qui satisfait le palais et réconforte l’âme.
En voici le portrait au saut du lit :
il est noir, brûlant et fumant alors que nous
sommes encore pâles et éteints. Il réjouit
par la plénitude de son goût et offre,
gorgée
après gorgée, le plus plaisant des réveils.
Son parfum enivrant et persistant donne un ton d’évidence
et de familiarité au jour qui se lève.
Plus qu’une simple boisson, c’est un rituel
répétitif mais jamais ennuyeux capable
par sa magie noire de nous remettre d’aplomb après
une nuit blanche et de nous réconcilier avec l’aurore.
Il y aurait bien des explications scientifiques au pouvoir
que cette petite dose matinale peut avoir sur nos cellules
cérébrales et sur les muscles
assoupis du corps mais elles ne rendraient pas compte de la grande puissance
de cet antique filtre d’amour et d’humeur.
Car si chacun prend « son café », c’est qu’il
y a autant de caffè que de moments de vie et d’envies : c’est
une charge énergique pour le jour qui commence, c’est aussi une
parenthèse sereine pour nos pensées fatiguées par le travail,
c’est un signe d’hospitalité à l’arrivée
d’un être cher et le couronnement naturel des plaisirs de la table.
C’est en somme un ensemble de gestes simples et familiers qui scandent
et accompagnent les différentes étapes de la journée en
comblant l’âme et en vidant l’esprit.
Telles sont les raisons fondamentales qui ont transformé à travers
le temps le culte du café et ses nombreux rituels en un véritable
mythe tissé d’histoires et de légendes. Aujourd’hui
le mystère de ses origines est à son image : opaque, épais
et stimulant !
Un berger du Yémen ou l’Imam d’un monastère arabe,
un cheik ou Mahomet en personne se disputent l’honneur de la découverte
de ce grain précieux qui semble avoir été apprécié également
du roi David, de l’Hélène d’Homère et de quelque
autre personnage biblique.
Plus souvent présenté comme le père légendaire du
café et figure incontestée de ces récits d’origine,
le berger yéménite Khaldi aurait, autour de l’an 1400, identifié dans
l’agitation de son troupeau de chèvres friand de ces mystérieuses
baies rouges, tous les symptômes de la caféine. C’est à l’abbé Yahia,
prieur du monastère de Chahodet, que reviendrait le mérite d’avoir
transformé les graines ainsi découvertes en une précieuse
décoction appelée Kawah qui allait permettre d’affronter
plus facilement les heures de prières nocturnes.
Si on laisse de côté la légende, des
recherches historiques tendraient à localiser la
découverte du café quelque part dans les
montagnes d’Abyssinie et à démontrer
que cette boisson fut déjà amplement diffusée
dans tout le monde arabe dès l’an mille. En
revanche, l’introduction du café en occident
est sans l’ombre d’un doute le fait de l’Italie
et plus précisément de Venise qui fut la
première cité d’Europe à ouvrir
en 1600 une Bottega del caffè.
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