» Urbino, un idéal urbain
Par Delphine Buratto
Urbino, ville inscrite au Patrimoine Mondial depuis 1998, perle de la Pré-Renaissance de la région des Marches et lieu de naissance du peintre Raphaël, doit toute sa splendeur au duc de Montefeltro.
Le palais ducal d’Urbino abrite une peinture de
1470 environ représentant la città ideale
(la ville idéale), où tout est harmonie,
sérénité et beauté. Cette
représentation toutefois laisse le spectateur
hésitant, comme s’il avait déjà visité ce
lieu d’Italie, sans pourtant pouvoir le reconnaître
précisément. L’artiste a voulu faire
le portrait d’une ville, d’une cité,
phénomène nouveau dans la culture européenne
de la Renaissance, selon les idéaux humanistes,
avec une organisation sociale harmonieuse favorisant
le bonheur de ses habitants. Son auteur est inconnu,
mais autrefois l’œuvre avait été attribuée à Piero
della Francesca, à Francesco di Giorgio Martini, à Luciano
Laurana, en somme à tous les artistes les plus
renommés qui travaillaient à la cour du
duc d’Urbino, Federico da Montefeltro. La difficulté à identifier
l’artiste s’explique justement par la signification
de cette peinture, synthèse des valeurs de la
Pré-Renaissance italienne, sorte de manifeste
idéologique d’intellectuels de haut niveau,
rassemblés autour de la personne charismatique
du duc.
Fils illégitime de Guidantonio, conte de Montefeltro et d’Urbino,
Federico da Montefeltro succède, à seulement 22 ans, en 1444, à son
demi-frère Oddantonio, victime d’une conspiration à la cour.
Federico da Montefeltro
Federico avait déjà fait preuve de son
talent de condottiere, chef de compagnie de mercenaires,
en combattant au service du Pape et en affrontant à plusieurs
reprises Sigismondo Malatesta, seigneur de Rimini, son
fier ennemi. Les vingt années de guerres continuelles
entre les deux hommes ont mis sens dessus dessous les
régions de la Romagne et des Marches, mais les
combats furent toujours favorables au seigneur de Montefeltro.
Même après la mort de Malatesta, Federico,
nommé duc d’Urbino en 1474 par le pape Sixte
IX, continua victorieusement sa politique d’expansion
au point que, au moment de sa disparition, le territoire
de Montefeltro était trois fois plus grand que
celui dont Federico avait hérité.
Le duc n’était pas seulement un hommes d’armes,
apprécié pour sa prudence et sa loyauté,
il était avant tout un homme d’esprit, un
authentique seigneur de la Renaissance. Federico avait
réuni autour de lui une cour d’intellectuels
et d’artistes talentueux qui développa les
expériences et les réflexions de l’Humanisme
italien et international. Et le peintre Piero della Francesca
y fut la figure de proue et « l’idéologue » qui
savait cerner la racine divine de la beauté dans
l’harmonie des proportions exprimées dans
la création artistique. Cette conception, exposée
dans de nombreux traités théoriques, fut
aussi appliquée à la réalité,
avec un plan extraordinaire d’ouvrages publics.
Urbino, parmi les villes les plus pauvres et reculées
de l’Apennin des Marches, devint, grâce à Federico,
une des grandes capitales de la Renaissance, avec, entre
autre, la plus riche bibliothèque de l’Occident,
où 30 à 40 copistes furent engagés
pendant quinze ans pour transcrire des textes et l’essor
du Collège des Docteurs, aujourd’hui l’Université des Études
d’Urbino.
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