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Gianni Agnelli
 

» L’Avvocato, un roi sans couronne
Par Pierre de Gasquet

Per il mondo intero è stato il «patron» della Fiat, figura di spicco dell’industria italiana. Per gli italiani Gianni Agnelli, resta l’Avvocato, l’affettuoso nomignolo con cui veniva chiamato quello che possiamo definire nella storia della seconda metà del XX° secolo un «re senza corona».

Plus de trois ans après la disparition de l’Avvocato, on cherche en vain le nouvel Agnelli. Il n’y en a pas. Ni ses héritiers directs, ni les Benetton, ni le patron de Pirelli, Marco Tronchetti-Provera, - promu au rang de nouveau porte-drapeau du capitalisme italien il y a cinq ans -, ne sauraient prétendre à sa succession. Aucun industriel, homme politique ou intellectuel italien n’incarne aujourd’hui aussi bien cette image de l’Italie que l’on admire : celle d’un pays inventif aux capacités de rebond insoupçonnables. À cet égard, Gianni Agnelli est sans doute le dernier des condottieri à représenter ce mélange de savoir-vivre, d’attachement à la culture locale et d’ouverture sur le monde extérieur. Ses héritiers reprendront peut-être le flambeau. Mais ils ne lui ressemblent pas et devront se garder de l’imiter. Sa disparition coïncide avec une période charnière, un moment de profonde transformation pour la société italienne.
« Il faut que tout change afin que rien ne change ». Cette formule un peu ésotérique, mais typiquement italienne, du prince de Salina dans Il Gattopardo (le Guépard), le magnifique roman posthume de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, s’applique à merveille au destin du clan Agnelli. Sorte de famille royale de substitution, « l’ultime monarchie industrielle de l’occident capitaliste », comme l’ont définie certains de ses biographes avec emphase, veut continuer à régner. Mais y parviendra-t-elle ? Dans l’histoire des Agnelli, la continuité du pouvoir a toujours primé sur les soubresauts conjoncturels et les drames personnels. Le clan a survécu à tant de drames et de crises qu’il semblait indestructible.
C’est pourquoi, ce vendredi 24 janvier 2003, un monde semblait s’écrouler à l’annonce de la mort de l’Avvocato. « L’Italie perd son Avvocato », titrait le quotidien Il Corriere della Sera. La disparition du patriarche, à quatre-vingt un ans, des suites d’un cancer de la prostate, n’est pas seulement celle d’un grand chef d’industrie. C’est aussi la fin d’un mythe. Adulé pour son charisme et son élégance naturelle, le chef du clan turinois, le « roi sans couronne » comme on l’a longtemps surnommé, incarnait l’intérêt national depuis près d’un demi-siècle. À sa mort, même le Financial Times, généralement avare en compliments, parle du « dernier prince de l’establishment ». Pour le journaliste Enzo Biagi, il était l’un des trois grands « italiens d’exportation » avec Federico Fellini et Enzo Ferrari. À priori, rien ne destinait ce jeune « play-boy » au profil racé et au tempérament frivole à une telle notoriété. Rien, sauf qu’en reprenant le prénom de son grand-père, Giovanni 1er, l’ex-fondateur de la Fabbrica Italiana Automobili di Torino (Fiat) en 1899, Giovanni Agnelli, né le 12 mars 1921 à Turin, il avait hérité d’un devoir tout tracé. Au lendemain de la disparition de son père, Edoardo, Gianni était déjà devenu, à quatorze ans, le principal dépositaire d’un empire tentaculaire, présent dans l’automobile, la construction aéronautique, les tracteurs, la presse, la banque ou le fret maritime.
Plus de trois ans après sa disparition, on peut s’interroger sur le caractère inoxydable du « mythe Agnelli ». Certes, aucun autre industriel européen n’a accédé à une telle renommée internationale comparable à celle d’un John F. Kennedy ou d’un David Rockefeller. Dans un pays où l’esprit de clocher (il campanilismo) est souvent dominant, c’est déjà un exploit. Mais le mythe résistera-t-il à l’usure du temps ? Sur quoi était-il fondé ? Davantage sur son image et un charisme indéniable de « chef de clan » que sur ses qualités de visionnaire. Au lendemain de sa disparition, les critiques ont commencé à faire surface : l’Avvocato a peut-être été un grand diplomate, mais un industriel contestable. Il n’aurait pas toujours su s’entourer, arbitrer, saisir les opportunités. Comme la grande occasion manquée du mariage avec Daimler-Benz en 2000. Gianni Agnelli a préféré l’alliance boiteuse avec General Motors (GM) pour tenter de préserver l’indépendance de la branche automobile. Dans les milieux bancaires, on l’accuse même d’avoir dilapidé l’héritage industriel accumulé par trois générations. Et d’avoir laissé le « dauphin en titre », son petit-fils John Elkann, - dauphin par défaut après la disparition de Giovannino en 1997 - dans une situation délicate. A posteriori, on lui reproche aussi, y compris au sein de la famille, d’avoir trop souvent cédé à une vision « romantique » des affaires, au mépris des intérêts patrimoniaux de la tribu.

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