» Pour un Calcio sans corruption
Par Jean-Jacques Bozonnet
correspondant à Rome du journal Le Monde
La victoire en Coupe du monde ne doit pas nous faire oublier la maladie qui a atteint le foot italien. Il est miné par la corruption ainsi que le démontre le procès en cours à Rome diligenté par les instances de la Fédération italienne de football (FIGC) contre la Juventus Turin, le Milan AC, la Fiorentina et la Lazio. Ces quatre clubs parmi les plus puissants d’Italie, ainsi que onze hauts dirigeants et quinze arbitres, ont été inculpés d’avoir truqué une vingtaine de matches pendant le championnat 2004-2005.
C’est la Juve qui est au centre de ce que Sepp
Blatter, président de la Fédération
internationale de football (FIFA), a qualifié de « plus
grand scandale de tous les temps ». Les dirigeants
bianconeri, en particulier Luciano Moggi, directeur général
depuis 1994, avaient mis au point un système que
les enquêteurs ont comparé au fonctionnement
mafieux. « Lucky Luciano » - comme était
surnommé Moggi - avait tissé un réseau
d’amitiés et d’obligés entièrement
dédié à la réussite de la
Juventus. Il avait notamment le pouvoir occulte de choisir
les arbitres des rencontres de championnat grâce à des
complicités au plus haut niveau de la Fédération.
L’ancien patron de la Juve justifie ses méthodes en plaidant la
légitime défense contre la toute puissance supposée du Milan
AC, le club de Silvio Berlusconi, qui aurait eu le soutien du président
de la FIGC, Franco Carraro. « Ce n’est pas la Juventus qui possède
le pouvoir, c’est-à-dire les télévisions et les droits
télévisés, mais le Milan AC et Mediaset », a-t-il
répondu à la justice. Implicitement, il désigne ainsi Adriano
Galliani, l’homme de Silvio Berlusconi. Administrateur délégué du
club milanais, président de la Ligue professionnelle de football qui attribue
les droits télévisés et dirigeant de Mediaset, le groupe
de télévision de la famille Berlusconi, Adriano Galliani symbolise à lui
seul l’immense conflit d’intérêts sur lequel est bâti
le Calcio. Il fait partie des dirigeants renvoyés devant la justice sportive.
Les autres clubs se disent victimes du « duopole ». Les
deux clubs, qui se sont partagés 13 des 15 derniers championnats, auraient
partie liée depuis longtemps. Les sanctions sportives attendues fin juillet
(relégations, pénalisations, radiations, etc) ne suffiront pas à clore
le chapitre. L’instruction menée par Francesco Saverio Borrelli,
l’ancien magistrat qui coordonnait les enquêtes Mani Pulite dans
les années 1990, se poursuit en direction de clubs plus modestes, voire
de divisions inférieures. L’ensemble du système semble gangrené par
les combines. Même si les championnats reprennent normalement fin août,
les chantiers pour « changer le Calcio » resteront ouverts
très longtemps. C’est un homme totalement étranger à l’univers
du ballon rond qui a été chargé de l’administration
provisoire de la Federcalcio. Guido Rossi, expert en droit des sociétés,
père de la loi anti-trust, a pour mission d’assainir le milieu et éventuellement
de réécrire les règles.
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