» Révolution culturelle dans le monde du football
Propos recueillis par Paolo Crepaz
Autrefois champion de l’équipe de Milan et de l’équipe nationale italienne, Gianni RIVERA est aujourd’hui parlementaire européen.
Un réseau obscur de rapports de force, d’intimidations
et de malversations a plongé définitivement
le football italien dans la crise. Quel jugement portez-vous
sur ce scandale ?
Je pense que dans le football italien, la tentative de « forcer la
main » a toujours existé, surtout sur le plan de la pression
psychologique ; la suspicion était largement répandue, à l’intérieur
même du monde footballistique aussi. Mais il faut dire que la pression
psychologique existe partout : si l’on rencontre une personne riche,
on pense qu’elle est intelligente juste parce que nous sommes conditionnés
par sa position et par son image. Dans le football, le pouvoir de chaque équipe
par rapport aux autres a beaucoup d’influence : les arbitres craignent
d’être refusés par les grandes équipes et finissent,
hésitants, par être plutôt conciliants.
Le football italien a-t-il les
moyens de s’en
sortir ? Vous a-t-on demandé d’intervenir
personnellement ?
Il peut s’en sortir très bien parce qu’en
interne, les personnes sont majoritairement saines, et
même si des rapports de force existent bel et bien,
ils ne concernent que très peu de gens. Il faut
une intervention forte, il faut reconstruire une organisation
qui, avant tout, fasse respecter les lois qui existent.
Et cela donnerait déjà un résultat
exceptionnel. Ensuite, il faut une organisation qui puisse
garantir à chaque domaine (arbitres, joueurs,
techniciens, dirigeants) de jouir d’une autonomie
propre et de ne pas être écrasé par
ceux qui ont plus de pouvoir financier ; car c’est
bien cela qui compromet tout le reste. Mon nom est cité surtout à l’extérieur,
mais à l’intérieur, beaucoup restent
convaincus que ce système doit être sauvegardé,
car les intérêts de ceux qui aujourd’hui
vivent dans le milieu du ballon rond doivent être
préservés. Je ne pense pas que les conditions
nécessaires soient réunies pour que je
puisse avoir un quelconque rôle, mais je suis convaincu
qu’il suffirait déjà de changer les
responsables au niveau interne. Étant donné que
désormais, on voit surgir des ex-syndicalistes
de toutes parts, on pourrait penser à Sergio Campana,
président de l’Association des footballeurs,
pour diriger le monde du football en Italie. En fin de
compte, les footballeurs sont effectivement les seuls à faire
vivre le football : je miserai donc sur lui. Je
pense qu’à son égard, personne n’a
jamais eu de doute, ni sur le plan de la capacité,
ni sur celui de la justice, de la régularité ou
de l’impartialité, comme il a su le démontrer
pendant des années, d’abord en tant que
joueur, puis en tant que responsable de l’Association.
Quelles applications utiles et
concrètes peuvent
venir de l’Europe pour sauver le football ?
On est en train de travailler sur une directive qui donnerait
une orientation au Conseil de l’Europe à propos
de ces problèmes, comme ce fut le cas pour la
sentence Bosman (sur la libre circulation des travailleurs-joueurs).
La difficulté réside dans le fait que le
sport, le football compris, n’était pas
identifié autrefois comme un secteur à protéger,
comme ce fut le cas pour la musique et la culture, en
délégant tout au marché interne
de chaque pays. Si nous voulons sauvegarder certaines
activités, dont le fort impact est davantage dû à l’image
qu’à l’organisation économique,
les intérêts personnels devraient être
mis un peu de côté. Un rééquilibre
des ressources pour mettre les différents tournois à un
même niveau ainsi que des règles précises
pour protéger tous les viviers de joueurs sont
nécessaires. Depuis que les télévisions
soutiennent économiquement la société du
football bien plus que la billetterie, il est clair que
la seule négociation avantage trop les grandes équipes
au détriment des autres. Nous devons envisager
une négociation collective pour les droits télévisés
et nous opposer à la forte résistance
des grands clubs qui veulent faire perdurer cette différence.
Ce changement permettra de faire vivre tous les viviers
de joueurs, en pleine crise à cause de ce type
de système.
Je crois qu’aujourd’hui, les
temps sont désormais
propices à une révolution culturelle dans
le monde du ballon rond : et si l’on veut sauver
le football, il faut changer son organisation et faire
fi des rapports de force et des malversations. Sinon, le
sport pourrait bien ne plus être comme nous l’imaginons.
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