» L' Italie en éclats... de rire
Par François-Régis Lorenzo
Que l’Italie nous face rire et sourire, c’est bien connu. Mais connaît-on toutes les facettes de ce rire et sait-on réellement de quoi rit l’Italien ? Peut-on parler d’un régime italien du rire et est-il aussi sain pour le cœur et le ventre que la fameuse dieta mediterranea ? Radici vous invite à faire un long voyage au pays des cent villes et des mille éclats de rire. La première étape nous amènera à Rome Caput Mundi du rire italieno.
On le sait, l’Italien est un Français de
bonne humeur. Et si sa matière grise est un peu
moins grise que la nôtre c’est peut-être
grâce à son alimentation gaie et colorée, à sa
langue enjouée, à ses paysages souriants
et aux pieds de nez que lui fait une nature capricieuse
et fantaisiste. À moins que cette distance critique
qui représente le fondement de son umorismo ne
lui vienne des mauvaises plaisanteries que lui a jouées
son histoire et de l’habitude qu’il a dû prendre à travers
les siècles à n’être que le
dindon de la farce, ou plutôt le vitellone de la
fable si l’on veut être fidèle à l’étymologie
de son nom ! Autant de noblesses et de vulgarités
ont formé un esprit relativiste et transformiste
porté vers les plus hautes formes du comique,
de l’humour, de la satire et de la dérision.
Si sa vision de la vie est tragique, il sait mieux que
personne la corriger en chaussant les lunettes du rire !
L’Italie a donc du rire à revendre ! Naturel me direz-vous
pour un pays de comédiens et de marchands ! Songeons par exemple à ce
que pourrait être amusante une anthologie des bons mots de son ex-premier
ministre, comédien né et grand vendeur devant l’éternel.
Benigni imitant Berlusconi dans un célèbre sketch le fait comparaître
devant Dieu : « Bonjour… collègue ! » Dieu
surpris : « Mais qui êtes-vous donc pour vous présenter
ainsi devant celui qui est ? » et Berlusconi d’ironiser : « Come
chi sono?! Sono… colui che HA! » (je suis… celui qui
A !). Un tel recueil dont les derniers chapitres restent à écrire
serait digne de figurer au rayon Umorismo italiano d’une Bibliothèque
Nationale du Rire imaginaire et pourtant de salut public. L’ouvrage, qui
pourrait s’intituler Mister Burlesco en hommage au Mistero Buffo du comédien
et dramaturge Dario Fo, serait en bonne compagnie entre la prose vulgaire et éloquente
de Benigni et les numéros de la revue satirique Bertoldo. À quelques
rangées de là, on trouverait un livre sur le comique toscan du
Trecento, le théâtre comique de Goldoni, un précis sur les
Carabinieri et leur sens de l’humour, les œuvres romaines d’un
Belli, d’un Petrolini ou d’un Trilussa, les années d’apprentissage
de Pierino, les aventures comiques et cosmiques de Totò, l’opera
omnia d’Ennio Flaiano, de Fantozzi, de Verdone et de Troisi, sans oublier
bien sûr les chefs d’œuvre de nos deux prix Nobel italiens
de l’humour : Pirandello et Dario Fo. Que d’éclats de
rire en prévision dans cette bibliothèque qui aura bien du mal à garantir à ses
lecteurs le calme nécessaire à l’étude de notre sujet !
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