» Le bon Pape Jean
propos recueillis par Gigi Visigna
Depuis
2003, des centaines de milliers de curieux et fidèles passent devant le corps embaumé du Pape Jean XXIII, amené de la crypte pontificale à l’intérieur de la basilique Saint Pierre à la suite de sa béatification. Depuis son décès en 1963, le Pape Jean est devenu un mythe qui dépasse d’ailleurs largement les frontières de l’Italie. À quoi tient cette popularité qui touche aussi bien les catholiques que d’autres chrétiens, d’autres croyants non chrétiens, voire des incroyants ? C’est à la compréhension de cet homme, qui a marqué l’histoire de l’Église
et son temps, que se propose cet article.
Un milieu et une formation catholique
Angelo Roncalli est né le 25 novembre 1881, à Sotto il Monte (province de Bergame). Le petit Angelo, quatrième d’une famille paysanne de treize enfants, est éduqué dans une ambiance familiale catholique et, rapidement, montre des inclinations pour l’engagement au sein de l’Église. En 1892, il fait son entrée au séminaire de Bergame. Ayant montré des qualités spirituelles et de travail, il est envoyé à Rome, en 1900, au séminaire de l’Appolinaire. Ayant soutenu son doctorat de théologie, Angelo Roncalli est ordonné prêtre le 10 août 1904. En février 1905, il est nommé secrétaire du nouvel évêque de Bergame, Mgr Giacomo Radini Tedeschi, poste qu’il occupe jusqu’à la Grande Guerre. Dans le même temps, il enseigne au séminaire l’histoire ecclésiastique et la Patrologie. Lorsque l’Italie entre dans le conflit, en mai 1915, le Père Roncalli devient aumônier militaire avec le grade de sergent. En juillet 1918, il est affecté à un hôpital
pour tuberculeux.
Le pape
Suite au décès de Pie XII, le 9 octobre 1958, le cardinal Roncalli participe à son premier conclave. Il est élu, à presque 77 ans, au 11e tour de scrutin, le 28 octobre, par 38 voix sur 51. Il prend le prénom de Jean, qui est celui de son père et de la paroisse où il a été baptisé. Ce prénom n’a plus été utilisé depuis le pontificat de Jean XXII (1316-1334). Il a été choisi comme un candidat centriste entre le conservateur Siri (cardinal-archevêque de Gênes) et le progressiste Ruffini (cardinal-archevêque de Palerme). L’âge du nouveau Souverain Pontife amène des observateurs à évoquer un pontificat de transition. Il n’en fut rien. Rompant avec la pratique de Pie XII qui ne prit pas de secrétaire d’État à la suite de la mort du cardinal Maglione, en 1944, Jean XXIII nomme à ce poste le cardinal Tardini. D’autre part, il élargit le Sacré Collège des cardinaux. On compte 87 cardinaux en 1962, dont un Africain et un Asiatique, alors que le conclave de 1958 n’en avait réuni que 51. Il est sans doute quelque peu abusif de ne faire du Pape Jean qu’un réformateur. Il confirme à la tête du Saint-Office le cardinal Ottaviani qui se veut le gardien vigilant de la tradition et de l’héritage de Pie XII. De même, le synode romain (24 janvier - 29 juillet 1960), que le Pape réunit pour faire le point sur le diocèse de Rome, démontre un attachement de Jean XXIII à la discipline traditionnelle (port obligatoire de la soutane, pas d’utilisation de la voiture sauf en cas de nécessité, ne pas se retrouver seul à seul
avec une femme).
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